{"id":1184,"date":"2020-10-31T14:26:00","date_gmt":"2020-10-31T14:26:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/?p=1184"},"modified":"2025-10-09T14:35:59","modified_gmt":"2025-10-09T14:35:59","slug":"lenquete-sur-la-monarchie-de-charles-maurras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/2020\/10\/31\/lenquete-sur-la-monarchie-de-charles-maurras\/","title":{"rendered":"L&rsquo;ENQU\u00caTE SUR LA MONARCHIE DE CHARLES MAURRAS"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Le grand manifeste royaliste a 120 ans<\/h1>\n\n\n\n<p>Toujours d&rsquo;actualit\u00e9, comme tout classique<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Chronique de R\u00e9mi Hugues<\/h2>\n\n\n\n<p><em>L<\/em><em>\u02bcE<\/em><em>nqu\u00eate sur la monarchie<\/em> n\u02bcexiste pas. C\u02bcest par cette entr\u00e9e en mati\u00e8re un brin provocante qu\u02bcil para\u00eet n\u00e9cessaire de pr\u00e9senter ce qui est plus un titre qu\u02bcun essai, tant les versions ont \u00e9t\u00e9 nombreuses, au gr\u00e9 des desiderata des \u00e9diteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u02bc\u00e9dition originelle a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e non sous forme de monographie, mais de feuilleton, dans la <em>Gazette de France<\/em>, il y a 120 ans, de juillet \u00e0 novembre 1900.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis se sont ajout\u00e9es \u00e0 ce qui est, comme son titre l\u02bcindique, une enqu\u00eate \u2013 et qui n\u02bca donc rien \u00e0 voir avec un ouvrage de type universitaire exposant un raisonnement dont les articulations seraient fond\u00e9es sur la m\u00e9thode de la dissertation classique \u2013, pr\u00e9sentations, pr\u00e9faces, lettres de r\u00e9ponse, textes additionnels, comme \u00ab&nbsp;Dictateur et roi&nbsp;\u00bb, publi\u00e9 trois ans plus tard, le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1903.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u02bcEnqu\u00eate<\/em> est donc un \u00ab&nbsp;O.L.N.I.&nbsp;\u00bb, un objet litt\u00e9raire non identifi\u00e9. Ce qui n\u02bcenl\u00e8ve, bien \u00e9videmment, rien \u00e0 ses m\u00e9rites. Elle est un truchement particuli\u00e8rement performatif pour celui qui cherche \u00e0 convaincre autour de lui que le retour du Roi est pour la France un imp\u00e9ratif de salut public, une n\u00e9cessit\u00e9 sociale et politique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u02bcEnqu\u00eate <\/em>est d\u02bcabord une apologie du principe dynastique, \u00e9l\u00e9ment consubstantiel \u00e0 la royaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle explique en outre avec lucidit\u00e9 et dans un esprit de synth\u00e8se ce qui a pr\u00e9cipit\u00e9 sa chute. Troisi\u00e8mement, elle est un r\u00e9quisitoire contre un syst\u00e8me qui existait d\u00e9j\u00e0 en 1900 et qui dure toujours, la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, elle \u00e9tudie les rapports entre monarchie et socialisme, apportant de pr\u00e9cieux renseignements en mati\u00e8re d\u02bchistoire des id\u00e9es politiques, renseignements n\u00e9cessaires afin de briser le n\u00e9faste dualisme gauche \/ droite, qui d\u02bcailleurs est de moins en moins op\u00e9rant, pour ne pas dire moribond.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, <em>L\u02bcEnqu\u00eate<\/em> rev\u00eat une dimension purement heuristique&nbsp;: c\u02bcest aussi une le\u00e7on d\u02bc\u00e9pist\u00e9mologie de sociologie historique, qui souligne que la famille est cruciale comme instance de d\u00e9termination du changement social et politique, proposant une alternative au d\u00e9bat qui oppose les tenants de l\u02bchistoire-faite-par-les-grands-hommes contre ceux de l\u02bchistoire-faite-par-les-masses.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude vise \u00e0 permettre au lecteur royaliste press\u00e9 de revenir aux fondamentaux de la pens\u00e9e de Charles Maurras, de revenir sur les arguments cardinaux que ce dernier a d\u00e9velopp\u00e9s pour justifier sa conversion profane au r\u00e9gime d\u02bcavant 1789, sa rupture avec la R\u00e9volution et sa \u00ab&nbsp;religion r\u00e9publicaine&nbsp;\u00bb dont parlait le journaliste dreyfusard Joseph Reinach, sa sortie d\u02bcune \u00ab&nbsp;matrice&nbsp;\u00bb qui illusionne 120 ans plus tard toujours autant de monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les Cap\u00e9tiens, ou l\u02bcillustre Maison de France<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Soyons honn\u00eates&nbsp;: \u00e0 l\u02bcorigine la naissance monarchie fran\u00e7aise est une affaire de <em>grand remplacement<\/em>. De <em>grand remplacement<\/em> non par la masse, par la base, mais par le haut. Aux \u00e9lites politiques r\u00e9sult\u00e9es d\u02bcune hybridation entre l\u02bcenvahisseur romain et l\u02bcautochtone gaulois se sont substitu\u00e9es une race conqu\u00e9rante venue des Bouches-du-Rhin. En France, r\u00e9f\u00e9rence mondiale de la gastronomie aussi bien que de l\u02bcart de l\u02bc\u00e9loquence, tout est histoire de bouches. Plus t\u00f4t, le christianisme s\u02bc\u00e9tait introduit \u00e0 partir d\u02bcautres bouches, celles du Rh\u00f4ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Francs, via Clovis, adopt\u00e8rent la religion nouvelle, et purent faire souche au sein de ce pays dont on dit parfois qu\u02bcil est au Nouveau Testament ce que la Jud\u00e9e fut \u00e0 l\u02bcAncien. Ce qui expliquerait pourquoi nous sommes une nation d\u02bc\u00e9crivains.<\/p>\n\n\n\n<p>Dont Charles Maurras&nbsp;: qui, au lieu de traiter de l\u02bcensemble des familles royales franques, insiste sur la monarchie cap\u00e9tienne. Ainsi note-t-il&nbsp;: \u00ab&nbsp;Parce que les Caroligiens n\u02bcassuraient pas la s\u00fbret\u00e9 du territoire et des populations contre Bulgares et Normands, ils c\u00e9d\u00e8rent la place \u00e0 nos Cap\u00e9tiens. Parce que les Cap\u00e9tiens prot\u00e9geaient efficacement, l\u02bconction du sacre est logiquement venue sur leur front.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a> Une lutte interne opposait ces \u00e9lites franques, ce qui n\u02bcest pas sans rappeler la th\u00e9orie de Vilfredo Pareto, \u00e0 laquelle se confronte la vision pr\u00e9-marxienne du comte Henri de Boulainvilliers et d\u02bcAugustin Thierry, qui pose que le conflit central r\u00e9sidait entre Francs et Gaulois.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u02bcest au fond peut-\u00eatre par une double dialectique (\u00e9lites \u00e9tablies \/ \u00e9lites de remplacement et gouvernants \/ gouvern\u00e9s) que ce \u00ab&nbsp;grand dessein territorial et national&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a> qu\u02bcest la France est n\u00e9. Et Maurras de convoquer son grand ami, si ce n\u02bcest son grand fr\u00e8re, ou m\u00eame son mentor, Fr\u00e9d\u00e9ric Amouretti, avec qui il partageait, dit-il, cet avis&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Citoyens, on vous a racont\u00e9 que nos rois \u00e9taient des monstres&nbsp;: il y eut parmi eux, c\u2019est vrai, des hommes faibles, peu intelligents, plusieurs m\u00e9diocres, d\u00e9bauch\u00e9s, et peut-\u00eatre deux ou trois m\u00e9chants. Il y en eut qui fussent des hommes remarquables, la plupart furent des hommes d\u2019intelligence moyenne et consciencieux. Regardez leur \u0153uvre&nbsp;: c\u2019est la France.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Une telle approche cons\u00e9quentialiste am\u00e8ne \u00e0 s\u02bcinterroger sur les raisons de la r\u00e9ussite \u00e9voqu\u00e9e, de la grand\u02bc\u0153uvre accomplie. Cela est son corollaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier grand m\u00e9rite du principe dynastique, d\u02bcapr\u00e8s Maurras, est sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager une \u00e9lite \u2013 au sens fort du terme, c\u02bcest-\u00e0-dire l\u00e9gitime \u2013, qui doit \u00eatre la v\u00e9ritable force motrice de la nation. Sans monarchie, pas d\u02bcartistocratie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ainsi le mode de gouvernement qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, semble exposer le peuple au hasard du r\u00e8gne incapable est le seul qui l\u02bcen d\u00e9livre le plus souvent&#8230; [\u2026] Le monarque h\u00e9r\u00e9ditaire n\u02bca pas science infuse des hommes et des choses, ni sens infus de l\u02bcart du gouvernement&nbsp;: il est le mieux plac\u00e9 pour s\u02bcentourer des hommes qui poss\u00e8dent ce sens et cette connaissance, s\u02bcil n\u02bcest pas le plus mal plac\u00e9 pour recevoir de la nature ou pour obtenir de la tradition et de l\u02bc\u00e9ducation quelques-uns de ces dons pr\u00e9cieux.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi Maurras consid\u00e8re que la fonction sociopolitique du Roi est la suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Son v\u00e9ritable office propre est de convier l\u02bc\u00e9lite de sa g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 collaborer avec lui pour un progr\u00e8s dans l\u02bcordre qui obtienne l\u02bcassentiment pratique de la quasi unanimit\u00e9 du pays.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9lecteurs, quant \u00e0 eux, sont incapables d\u02bcassurer aux meilleurs de chaque g\u00e9n\u00e9ration l\u02bcobtention de l\u02bc\u00e9minente place qui leur revient. Il est plus ais\u00e9 de prodiguer une instruction de haute qualit\u00e9 \u00e0 un seul homme plut\u00f4t qu\u02bc\u00e0 tout un peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>Maurras \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bien rares ont \u00e9t\u00e9 ceux qui n\u02bcont fait qu\u02bcun saut du berceau au tr\u00f4ne. Si le hasard de la naissance semble mettre la couronne \u00e0 la loterie, ni plus ni moins que le hasard de l\u02bc\u00e9lection, une pr\u00e9paration peut \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 l\u02bch\u00e9ritier par l\u02bc\u00e9ducation&nbsp;: est-ce que l\u02bc\u00e9lecteur la re\u00e7oit&nbsp;? Et l\u02bch\u00e9ritier apporte, sans avoir \u00e0 l\u02bcapprendre, cette connaissance expresse ou diffuse, cette tradition, qu\u02bcil re\u00e7oit de ses parents et de l\u02bcatmosph\u00e8re de sa famille.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote6sym\"><sup>6<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ici est soulign\u00e9 que l\u02bcinstance de socialisation primaire la plus d\u00e9cisive en ce qui concerne la transmission du savoir est la famille, et non l\u02bc\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u02bc\u00c9cole de la R\u00e9publique pr\u00e9tend former des citoyens en vue de d\u00e9cider collectivement du Bien commun. Le hasard de la naissance, d\u02bcautant plus que Lamarck montra que le milieu compte autant que les g\u00e8nes, est bien plus r\u00e9duit que le hasard conduisant \u00e0 la victoire de tel ou tel candidat. L\u02bc\u00e9lection est souvent une grande loterie o\u00f9 tout se joue sur un sourire, un timbre de voix ou la beaut\u00e9 des costumes de l\u02bcimp\u00e9trant. Mais surtout elle nourrit une lutte permanente pour les places, au d\u00e9triment de l\u02bcint\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la nation. Ce qui compte, c\u02bcest la r\u00e9\u00e9lection. Ce qui prime, et ce de fa\u00e7on permanente, c\u02bcest la comp\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard ce que fait remarquer Maurras doit \u00eatre relev\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u02bch\u00e9r\u00e9dit\u00e9 souveraine est un bien en soi&nbsp;: sans \u00e9gard \u00e0 la personne de l\u02bch\u00e9ritier, cette fa\u00e7on de succ\u00e9der an\u00e9antit la querelle, fonde la paix, maintient uni ce qui disperse la comp\u00e9tition. [\u2026] Les Fran\u00e7ais ne seraient pas hommes, affectueux et raisonnables, si la race royale qui a fait leur nation ne recevait point d\u02bceux le culte d\u02bcestime et d\u02bcamour qu\u02bcun si grand bienfait leur r\u00e9clame. Un lien moral unit la France \u00e0 la s\u00e9rie des chefs fondateurs qu\u02bcil faut bien appeler p\u00e8res de la patrie.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote7sym\"><sup>7<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La patrie, justement, est unifi\u00e9e par le roi. Les dynasties royales maintiennent l\u02bcunit\u00e9 sociologique \u2013 on vient de le voir \u2013 mais aussi g\u00e9ographique de la patrie. Contempteur du jacobinisme, Maurras voyait dans la centralisation non seulement une perte de substance nationale mais surtout une mouvement paradoxal de dislocation du pays. C\u02bcest la diversit\u00e9 qui fonde l\u02bcunit\u00e9. Elle en est la condition de possibilit\u00e9. Sinon, il y a l\u02bcuniformit\u00e9, qui est un facteur de dissolution.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce point, Maurras indique que l\u02bc&nbsp;\u00ab&nbsp;effort d\u00e9centralisateur est une pi\u00e8ce indispensable de la refonte g\u00e9n\u00e9rale. Le lien national doit \u00eatre retremp\u00e9, et retendu \u00e0 ses sources&nbsp;: la province, le pays, la ville, le village, le foyer. Il faut rendre aux clochers de nos hameaux comme aux acropoles de nos provinces un pouvoir de vie autonome qui les r\u00e9g\u00e9n\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La France est une f\u00e9d\u00e9ration historique faite autour du f\u00e9d\u00e9rateur parisien. Cet \u00e9l\u00e9ment f\u00e9d\u00e9rateur est pr\u00e9cieux \u00e0 tous les \u00e9gards, il ne doit ni entraver ni sacrifier les \u00e9l\u00e9ments f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. [\u2026] C\u02bcest par la conscience et l\u02bcamour de nos plus humbles commencements engag\u00e9s dans la paroisse, la petite ville, le quartier de la grande ville, que peuvent et doivent rena\u00eetre la conscience et l\u02bcamour du compos\u00e9 national entier. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Le patriotisme fran\u00e7ais se perdait dans l\u02bcabstraction juridique et dans la bureaucratie ch\u00e8re aux d\u00e9mocraties. Mistral et le f\u00e9librige, les barr\u00e9siens de l\u02bcEst, ceux de l\u02bcOuest, notamment le groupe breton avec Le Goffic et ses amis, ont retrouv\u00e9 la substance concr\u00e8te qui fait l\u02bcaliment et le stimulant de toute dialectique nationale lorsque, partie d\u02bcun point quelconque de temps ou de l\u02bcespace, de l\u02bchistoire ou du territoire, elle aboutit \u00e0 la capitale, \u00e0 l\u02bc\u00c9tat.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote8sym\"><sup>8<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Heurs et malheurs de notre royaut\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 propos de l\u02bchistoire administrative de la France, il est loisible d\u02bcinvoquer Alexis de Tocqueville et son essai <em>L\u02bcAncien r\u00e9gime et la R\u00e9volution<\/em>, dans lequel il met en \u00e9vidence que c\u02bcest pr\u00e9cis\u00e9ment la monarchie cap\u00e9tienne, tant vant\u00e9e par Maurras, qui aurait invent\u00e9 la centralisation \u00e9tatique, et non les r\u00e9volutionnaires jacobins. Il y aurait donc contradiction entre l\u02bc\u00e9loge qu\u02bcil fait des Cap\u00e9tiens et son positionnement favorable \u00e0 la d\u00e9centralisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre de Meuse, dans son pr\u00e9cieux <em>Id\u00e9es et doctrines de la Contre-r\u00e9volution<\/em> relate cet \u00e9pineux probl\u00e8me ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;[T]out l\u02bceffort de la monarchie a \u00e9t\u00e9 au long des si\u00e8cles de centraliser afin de permettre \u00e0 l\u02bc\u00c9tat d\u02bcavoir une action sans entraves. \u00c0 ce titre, la R\u00e9volution fran\u00e7aise ne serait pas une rupture avec la politique ant\u00e9rieure, mais sa continuation. M\u00eame Maurras en vacille sous le coup&nbsp;! Et il le reconna\u00eet&nbsp;: <em>oui les rois de France ont centralis\u00e9<\/em>, mais, nous dit-il, ils laissaient cependant subsister des entit\u00e9s capables de se d\u00e9fendre alors que le pouvoir r\u00e9publicain les an\u00e9antit&nbsp;; de plus le pouvoir royal n\u02bc\u00e9tait pas id\u00e9ologique, et ne cherchait pas \u00e0 remodeler le pays. Certes, c\u02bcest indiscutable. Mais ce que Maurras r\u00e9pugne \u00e0 admettre, et que Julien Freund et Bertrand de Jouvenel nous expliquent, c\u02bcest que l\u02bc\u00c9tat est <em>naturellement<\/em> centralisateur. Pire encore, la rationalit\u00e9 \u00e9tatique se nourrit de l\u02bcordre social qu\u02bcelle dissout \u00e0 mesure qu\u02bcelle instrumentalise ses organes.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote9sym\"><sup>9<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u02bcil en soit, il y a de toute fa\u00e7on dans <em>L\u02bcEnqu\u00eate<\/em> une \u00e9valuation des erreurs commises par les rois cap\u00e9tiens. Ce n\u02bcest pas leur hagiographie, mais leur biographie, si l\u02bcon peut dire.<\/p>\n\n\n\n<p>On notera la lettre-r\u00e9ponse de Fr\u00e9d\u00e9ric Amouretti \u00e0 son camarade et ami Maurras, qui donne sur ce th\u00e8me des \u00e9clairages des plus int\u00e9ressants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La p\u00e9riode de d\u00e9viation nationale a commenc\u00e9 au milieu du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle avec Mazarin&nbsp;; Louis XIV n\u02bca plus convoqu\u00e9 les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux&nbsp;; il a \u00e9tabli la capitation par ordonnance, il a \u00e9rig\u00e9 les charges municipales en titres d\u02bcoffices. Ainsi il supprimait la repr\u00e9sentation nationale.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote10sym\"><sup>10<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Puis, poursuit-il&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les Cap\u00e9tiens directs, les Valois, si indignement calomni\u00e9s, les deux premiers Bourbons ont r\u00e9alis\u00e9 le type de la Monarchie temp\u00e9r\u00e9e, qui a d\u02bcabord fait notre pays morceau \u00e0 morceau, puis l\u02bca rendu le plus grand du monde. On se trompe quand on attribue \u00e0 la dictature de Richelieu la d\u00e9viation funeste qui s\u02bcest produite apr\u00e8s lui.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote11sym\"><sup>11<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Selon Amouretti, c\u02bcest \u00e0 Louis XIV et non \u00e0 Richelieu que revient la faute, la faiblesse d\u02bcavoir succomb\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mesure&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis convaincu d\u02bcune fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise que c\u02bcest Richelieu qui a marqu\u00e9 l\u02bcapog\u00e9e de la gloire fran\u00e7aise. Homme d\u02bc\u00c9glise, le grand cardinal \u00e9tait de petite noblesse, bien pr\u00e8s encore du tiers \u00e9tat, semble-t-il&nbsp;; il se rattachait donc aux trois classes. Prince par la pourpre romaine, il s\u02bcinclinait cependant devant son roi, Louis XIII, cet excellent roi, homme admirable d\u02bc\u00e9nergie et de d\u00e9sint\u00e9ressement&nbsp;; le grand cardinal, oblig\u00e9 de se subordonner \u00e0 un chef h\u00e9r\u00e9ditaire, \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9 contre le vertige de la toute-puissance, si dangereux. Il mit la France si haut qu\u02bcapr\u00e8s lui elle ne devait plus que d\u00e9cro\u00eetre.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote12sym\"><sup>12<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la Monarchie absolue dont la figure la plus embl\u00e9matique fut Louis XIV, Amouretti oppose une autre forme, cens\u00e9e \u00eatre le mod\u00e8le absolu de la future royaut\u00e9 fran\u00e7aise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Seule [\u2026] la Monarchie temp\u00e9r\u00e9e peut donner \u00e0 la France la s\u00e9curit\u00e9 par l\u02bcarm\u00e9e, la r\u00e9putation par la diplomatie, la prosp\u00e9rit\u00e9 par la paix \u00e9conomique, et la reprise de la conscience nationale par la mise en valeur de toutes les \u00e9nergies locales.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote13sym\"><sup>13<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ses quelques d\u00e9fauts, qui probablement ont constitu\u00e9 la faille dans laquelle se sont ins\u00e9r\u00e9s les ennemis de la Maison cap\u00e9tienne pour la renverser du tr\u00f4ne, celle-ci repr\u00e9sente un mod\u00e8le \u00e0 suivre&nbsp;: son r\u00e8gne correspond \u00e0 l\u02bcapog\u00e9e de la France, situ\u00e9e peu ou prou \u00e0 l\u02bc\u00e8re dite du classicisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa prudence et sa mod\u00e9ration furent sans doute les premi\u00e8res de ses vertus. Maurras avance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ses princes se sont appliqu\u00e9s, d\u02bcun r\u00e8gne \u00e0 l\u02bcautre, \u00e0 ne point trop gagner dans une seule entreprise, de crainte de trop perdre ult\u00e9rieurement comme il est arriv\u00e9 des Napol\u00e9on. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de Napol\u00e9on I<sup>er<\/sup> et de Napol\u00e9on III, qui tous deux laiss\u00e8rent la France plus petite qu\u02bcils ne l\u02bcavaient trouv\u00e9e, les descendants d\u02bcHugues Capet ont tous transmis leur h\u00e9ritage tel qu\u02bcils l\u02bcavaient eu de leurs devanciers ou augment\u00e9 de quelque province.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote14sym\"><sup>14<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Pas \u00e0 pas la maison de France a \u00e9difi\u00e9 une nation \u00e0 la mesure de ses ambitions. Apr\u00e8s plusieurs si\u00e8cles cette maison \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de la \u00ab&nbsp;Chine de l\u02bcEurope&nbsp;\u00bb, de la \u00ab&nbsp;Grande Nation&nbsp;\u00bb, rien de moins. Finalement son dessein a \u00e9t\u00e9, plut\u00f4t que de ressusciter l\u02bcEmpire romain, de faire co\u00efncider ses fronti\u00e8res avec celles de la Gaule.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel fut le pacte tacite pass\u00e9 entre Francs et Gaulois&nbsp;: ces derniers consentirent implicitement \u00e0 la domination de ceux-l\u00e0 en \u00e9change de la r\u00e9alisation de ce qu\u02bcils n\u02bc\u00e9taient jamais parvenus \u00e0 accomplir, \u00e0 savoir l\u02bcunit\u00e9 gauloise. Si l\u02bcon reprend la terminologie dum\u00e9zilienne, la France est la combinaison harmonieuse des <em>bellatores<\/em> \u2013 les Francs \u2013, des <em>oratores<\/em> \u2013 Rome \u2013 et des <em>laboratores<\/em> \u2013 les Gaulois.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u02bcon peut penser que ce qui conduisit Maurras \u00e0 devenir royaliste, c\u02bcest qu\u02bcil s\u02bcaper\u00e7ut vite que cette sublime r\u00e9alisation irait \u00e0 sa perte si la R\u00e9publique, fille de la R\u00e9volution et donc d\u02bcessence d\u00e9mocratique et lib\u00e9rale, s\u02bcinstallait durablement sur le sol fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u02bcEnqu\u00eate<\/em> n\u02bcest pas seulement une apologie de la royaut\u00e9. Elle est aussi le proc\u00e8s en r\u00e8gle de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La pens\u00e9e \u00ab&nbsp;lib-d\u00e9m&nbsp;\u00bb, voil\u00e0 l\u02bcennemie&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La charge lanc\u00e9e par Maurras dans <em>L\u02bcEnqu\u00eate<\/em> contre la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale est avant tout d\u02bcordre institutionnel. Il explique que \u00ab&nbsp;l\u02bcid\u00e9e d\u00e9mocratique, et sa compl\u00e9mentaire l\u02bcid\u00e9e lib\u00e9rale, peu consistantes dans leurs th\u00e8ses, diviseuses et d\u00e9bilitantes dans leurs effets, poussent \u00e0 disperser l\u02bc\u00c9tat dans la vie sociale au lieu de le concentrer dans sa fonction naturelle, d\u00e9terminant ainsi un \u00e9nervement national qui facilite l\u02bcentreprise de voisins plus pauvres et plus ambitieux.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote15sym\"><sup>15<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Maurras voit tr\u00e8s nettement dans la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale un vecteur d\u02bcaffaiblissement de la France, via d\u02bcabord l\u02bcaffaiblissement de l\u02bc\u00c9tat. En voulant se m\u00ealer de tout, l\u02bc\u00c9tat lib\u00e9ral-d\u00e9mocratique en vient \u00e0 perdre sa capacit\u00e9 \u00e0 assurer avec succ\u00e8s sa mission principielle&nbsp;: paix int\u00e9rieure (s\u00e9curit\u00e9 et justice) et diplomatie (guerre et paix).<\/p>\n\n\n\n<p>Et cet \u00c9tat lib\u00e9ral-d\u00e9mocratique, qui semble \u00eatre anim\u00e9 par \u00ab&nbsp;la ferme r\u00e9solution d\u02bcaffaiblir, de diminuer, de d\u00e9truire l\u02bc\u00c9tat dans l\u02bcexercice de son plus juste droit r\u00e9galien&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote16sym\"><sup>16<\/sup><\/a> est autant monarchique que r\u00e9publicain.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un extrait du texte \u00ab&nbsp;Les Monod peints par eux-m\u00eames&nbsp;\u00bb, paru le 1<sup>er<\/sup> janvier 1900 dans <em>L\u02bcAction fran\u00e7aise<\/em>, Maurras n\u02bcest pas tendre avec la Restauration&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u02bcest sur la fonction propre de l\u02bc\u00c9tat que s\u02bcacharn\u00e8rent les lib\u00e9raux. Ils n\u02bcattaqu\u00e8rent ni l\u02bcenseignement de l\u02bc\u00c9tat, ni l\u02bcassistance publique d\u02bc\u00c9tat, ni les autres administrations d\u02bc\u00c9tat, mais bien le pouvoir de l\u02bc\u00c9tat sur les grands sujets de la politique \u00e9trang\u00e8re et int\u00e9rieure, ce qu\u02bcon doit appeler le pouvoir propre de l\u02bc\u00c9tat. [\u2026] Ils pr\u00f4n\u00e8rent l\u02bc\u00c9tat c\u00e9sarien, envisag\u00e9 comme gendarme et pourvoyeur de la d\u00e9mocratie, comme marchand, comme hospitalier et ma\u00eetre d\u02bc\u00e9cole, comme administrateur et curateur universel.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote17sym\"><sup>17<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Alors qu\u02bcil pr\u00e9tend se pr\u00e9occuper des plus d\u00e9munis, en r\u00e9alit\u00e9 cet \u00c9tat se charge de d\u00e9fendre le fort au d\u00e9triment du faible. Il n\u02bcest plus un arbitre, mais un maton. Maurras souligne que \u00ab&nbsp;notre \u00c9tat est sans force, nos citoyens isol\u00e9s sont \u00e0 la merci, d\u02bcabord de l\u02bcAdministration, ensuite de toute autre collectivit\u00e9 solidaire&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote18sym\"><sup>18<\/sup><\/a>, autrement dit de tout lobby, ou groupe de pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que, de surcro\u00eet, Maurras reproche \u00e0 l\u02bc\u00c9tat lib\u00e9ral-d\u00e9mocratique, c\u02bcest son incapacit\u00e9 \u00e0 faire converger int\u00e9r\u00eats du gouvernement et int\u00e9r\u00eat du gouvern\u00e9. En liant le sort du roi \u00e0 celui de sa nation, le principe dynastique, avance-t-il, est hautement estimable, dans la mesure o\u00f9 il force le souverain \u00e0 prendre la bonne d\u00e9cision, car autant lui que son peuple aura \u00e0 l\u02bcassumer si elle s\u02bcav\u00e8re d\u00e9sastreuse ou ruineuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Que ce soit l\u02bc\u00c9tat sous la Restauration ou celui sous la R\u00e9publique, il consiste, soutient Maurras, au r\u00e8gne de l\u02bc\u00e9tranger. Cet \u00c9tat que l\u02bcon pourrait qualifier de \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb \u2013 au sens n\u00e9gatif du terme \u2013 dissocie radicalement les int\u00e9r\u00eats du gouvernement et ceux du gouvern\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La modernit\u00e9 n\u02bcest-elle pas affaire de <em>s\u00e9paration<\/em>, dans son acception h\u00e9bra\u00efque <em>satan<\/em> ou grecque <em>diabole&nbsp;<\/em>? L\u02bchistorien Augustin Thierry consid\u00e9rait \u00e0 cet \u00e9gard que la modernit\u00e9 est \u00ab&nbsp;la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle qui s\u00e9pare l\u02bc\u00c9glise et l\u02bc\u00c9tat, le devoir social des choses de la conscience, et le croyant du citoyen.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote19sym\"><sup>19<\/sup><\/a> On retrouve ce fil conducteur de la dislocation, tr\u00e8s pr\u00e9sent chez Maurras, en particulier lorsqu\u02bcil vilipende les \u00ab&nbsp;trois R&nbsp;\u00bb (R\u00e9forme, R\u00e9volution, Romantisme)&nbsp;: la modernit\u00e9 serait ainsi le triomphe de ce qui s\u00e9pare, l\u02bc\u00e8re du <em>tri entre le bon grain et l\u02bcivraie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La modernisation \u2013 au sens de d\u00e9mocratisation \u2013 de la France, dit en substance Maurras, signifie un processus de d\u00e9possession de soi&nbsp;; processus li\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne de x\u00e9nocratie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette modernisation remplace l\u02bcaristocratie par l\u02bcoligarchie, laquelle, \u00ab&nbsp;de nature cosmopolite&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote20sym\"><sup>20<\/sup><\/a>, \u00ab&nbsp;ne conna\u00eet que des int\u00e9r\u00eats financiers ou m\u00e9taphysiques.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote21sym\"><sup>21<\/sup><\/a> Elle correspond en fait \u00e0 une v\u00e9ritable entreprise de colonisation&nbsp;: Maurras va jusqu\u02bc\u00e0 affirmer que la R\u00e9publique des Gambetta, des Ferry et des Waldeck-Rousseau n\u02bcest \u00ab&nbsp;que l\u02bcexpression d\u02bcun protectorat accord\u00e9 de Londres ou de Berlin \u00e0 la domination des \u00e9trangers ou demi-\u00e9trangers de l\u02bcint\u00e9rieur. [\u2026] Les r\u00e9publicains qui conservent l\u02bcamour de la France en viennent \u00e0 d\u00e9sirer que cette oligarchie \u00e9trang\u00e8re, jouant parmi nous et contre nous des ressorts de la d\u00e9mocratie, soit remplac\u00e9e par une aristocratie ou par une bourgeoisie indig\u00e8ne.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote22sym\"><sup>22<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Mais il est illusoire d\u02bcimaginer que puisse \u00e9merger un tel groupe. Car Maurras signale que l\u02bcorganisation principale de cooptation de la classe dirigeante r\u00e9publicaine est la franc-ma\u00e7onnerie, dont la nature est transnationale, mais surtout qui, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u02bc\u00c9glise de Rome, entend abolir les fronti\u00e8res nationales, ce qui pour Maurras est totalement chim\u00e9rique&nbsp;: \u00ab&nbsp;il n\u02bcest point de cadre politique plus large que la nation.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote23sym\"><sup>23<\/sup><\/a>, note-il dans la pr\u00e9face de 1909.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tablit ainsi un parall\u00e8le entre la franc-ma\u00e7onnerie et l\u02bc\u00c9glise&nbsp;: \u00ab&nbsp;sa grande rivale, l\u02bc\u00c9glise catholique, dispose, elle aussi, d\u02bcune organisation puissante et plusieurs esp\u00e8rent ou craignent sa transformation en oligarchie directrice de la R\u00e9publique.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote24sym\"><sup>24<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L\u02bc\u00c9tat lib\u00e9ral-d\u00e9mocratique et r\u00e9publicain est aussi ma\u00e7onnique. Le Ma\u00eetre de Martigues consid\u00e9rait que la \u00ab&nbsp;r\u00e9publique en France, dans la France de 1880 et de 1900, appartient, de n\u00e9cessit\u00e9 et par une sorte de droit, au parti ma\u00e7onnique international.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote25sym\"><sup>25<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La contre-\u00c9glise sp\u00e9cifique \u00e0 l\u02bc\u00c9tat \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb est la franc-ma\u00e7onnerie, qui constitue son <em>deep state<\/em>, son \u00ab&nbsp;\u00c9tat-profond&nbsp;\u00bb, pour reprendre un syntagme \u00e0 la mode. Il faut mentionner ces lignes extr\u00eamement int\u00e9ressantes sur ce point&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Si [\u2026] les rues sont balay\u00e9es en hiver, arros\u00e9es en \u00e9t\u00e9&nbsp;; si la poste circule&nbsp;; si les imp\u00f4ts rentrent r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp;; si les conscrits sont enr\u00f4l\u00e9s \u00e0 terme fixe et cong\u00e9di\u00e9s au jour dit&nbsp;; si les marchandises payent au port les taux indiqu\u00e9s par la loi&nbsp;; si les pr\u00e9fets administrent, si les ambassadeurs traitent et n\u00e9gocient&nbsp;; si, en un mot, les affaires courantes sont exp\u00e9di\u00e9es de telle sorte qu\u02bcil paraisse y avoir une France et que la R\u00e9publique ait suffisamment l\u02bcapparence d\u02bcun gouvernement, soyez-en s\u00fbr, mon cher pr\u00e9sident, c\u02bcest \u00e0 l\u02bcoligarchie ma\u00e7onnique que nous le devons. Bien ou mal, elle a pris la succession des gouvernements r\u00e9guliers. Bien ou mal, elle continue leurs fonctions indispensables. Elle dispose d\u02bcun personnel \u00e9prouv\u00e9. Soutenue et conduite par la ploutocratie, elle suppl\u00e9e \u00e0 l\u02bcinstabilit\u00e9 constitutionnelle, elle cr\u00e9e une suite de desseins politiques et administratifs, elle fournit le minimum de continuit\u00e9 n\u00e9cessaire.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote26sym\"><sup>26<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Maurras, la franc-ma\u00e7onnerie sous la III<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique jouait le r\u00f4le de syndicat central, de moyen de synergie, de vecteur essentiel permettant aux groupes \u00e9litaires mobiles, \u00e9trangers, de se f\u00e9d\u00e9rer et de coordonner leur action&nbsp;: \u00ab&nbsp;Par une rencontre historique pleine de sens, qui rend hommage \u00e0 la loi naturelle des groupes sociaux, fussent-ils antisociaux, le recrutement de cette oligarchie fait une large part au normal et double facteur de l\u02bch\u00e9r\u00e9dit\u00e9 naturelle et de la tradition historico-religieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se recrute en effet chez les Juifs, les Protestants et les M\u00e9t\u00e8ques, syndiqu\u00e9s dans la Franc-Ma\u00e7onnerie. Ma th\u00e9orie des Quatre \u00c9tats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s, h\u00e9r\u00e9ditaires souverains de la R\u00e9publique, peut servir de contre-\u00e9preuve \u00e0 la th\u00e9orie de l\u02bch\u00e9r\u00e9dit\u00e9 dans la Monarchie, expression du bien national.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut dire aux r\u00e9publicains qui sont rest\u00e9s d\u02bcesprit fran\u00e7ais&nbsp;: vous avez renvers\u00e9 vos chef-n\u00e9s, fils de votre race&nbsp;; vous subissez des chef-n\u00e9s \u00e9trangers, ou d\u00e9nationalis\u00e9s, et qui vous d\u00e9nationalisent vous-m\u00eames.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote27sym\"><sup>27<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Maurras s\u02bcinsurge contre l\u02bcali\u00e9nation culturelle des \u00e9lites d\u02bcorigine fran\u00e7aise. Cela, outre le <em>grand remplacement <\/em>des gouvernants fran\u00e7ais par des gouvernants allog\u00e8nes, participe d\u02bcun ph\u00e9nom\u00e8ne global de d\u00e9-Francisation. Et, soutient-il, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est perceptible par la masse de ses concitoyens. Il constate en effet que le peuple \u00ab&nbsp;tient en d\u00e9fiance croissante l\u02bceffort d\u02bcune haute finance internationale qui, ayant dragu\u00e9 l\u02bcor, capte l\u02bcopinion au moyen de l\u02bcor, et, au moyen de cette opinion serve, cr\u00e9e un r\u00e9gime qui asservit le pays&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote28sym\"><sup>28<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>La franc-ma\u00e7onnerie occupe la fonction de r\u00e9ceptacle, d\u02bcorgane r\u00e9ticulaire, de deux aspirations profondes, l\u02bcune mat\u00e9rielle et l\u02bcautre morale. Elle est le point de rencontre entre le <em>financier<\/em> et le <em>m\u00e9taphysique<\/em>, o\u00f9 s\u02bceffectue un travail d\u02bcinversion de la nature spirituelle de la France, le christianisme. Maurras \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Sa puissance date d\u02bcun si\u00e8cle. Paraissant toujours favoriser la politique de gauche, elle compte \u00e0 son actif, elle montre comme autant de victoires gagn\u00e9es tous les d\u00e9sordres r\u00e9volutionnaires qui ont d\u00e9sorganis\u00e9 et ensanglant\u00e9 le pays. Elle cr\u00e9e de ce chef, en sa faveur, un grand et puissant pr\u00e9jug\u00e9. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>[C]ette Ma\u00e7onnerie s\u02bcappuie d\u02bcabord sur un groupement semi-ethnique de plus d\u02bcun demi-million d\u02bchommes, les protestants&nbsp;: vieux de trois si\u00e8cles, tenant au plus vif de la chair et de l\u02bc\u00e2me, repr\u00e9sentant les plus vivaces rancunes historiques, ce groupe n\u02bcest pas un simple concours de volont\u00e9s. Il signifie une mani\u00e8re d\u02bc\u00eatre, de penser, de sentir, cons\u00e9quemment d\u02bcagir. Par-dessus les formules qu\u02bcil invoque ou les d\u00e9cisions qu\u02bcil manifeste, le protestant fran\u00e7ais est incapable de ne point ob\u00e9ir \u00e0 certaines voix profondes de l\u02bcint\u00e9r\u00eat de son clan ou de sa tribu. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u02bcint\u00e9r\u00eat protestant ne r\u00e8gne pas seul dans les Loges. Il y rencontre pour se <em>solidariser<\/em> avec eux, selon la formule de Thiebaud, les int\u00e9r\u00eats juifs. Le monde juif, plus encore que le protestantisme, est un groupement naturel. Il s\u02bcattribue chez nous tous les droits d\u02bcune aristocratie. Il en exerce \u00e0 quelque degr\u00e9 les fonctions, en ce qu\u02bcil ouvre et ferme la bourse. Entre juifs, il est \u00e0 peine besoin de n\u00e9gocier les conditions d\u02bcune entente. Leur accord est tout spontan\u00e9 sur les grandes questions qui int\u00e9ressent la communaut\u00e9 juda\u00efque, ou m\u00eame la communaut\u00e9 fran\u00e7aise. [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u02bcy joint du reste un autre concours&nbsp;: c\u02bcest le M\u00e9t\u00e8que ou l\u02bc\u00e9tranger domicili\u00e9 parmi nous&nbsp;; c\u02bcest la ploutocratie europ\u00e9enne si bien repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Paris&nbsp;; c\u02bcest enfin les gouvernements \u00e9trangers. L\u02bc\u00c9tranger, la grande Banque cosmopolite et les diff\u00e9rents h\u00f4tes qui prosp\u00e8rent sous notre ciel ont tous quelque int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce qu\u02bcaucun ferme pouvoir nationaliste ne rende \u00e0 la France l\u02bcorganisation, la vigueur et la discipline&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote29sym\"><sup>29<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, dissimulant cette arri\u00e8re-boutique de la R\u00e9publique qu\u02bcest la coterie ma\u00e7onnique, la loterie des \u00e9lections au suffrage universel est assimilable aux ombres de la caverne d\u00e9crite dans le livre VII de <em>La<\/em> <em>R\u00e9publique<\/em> de Platon.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parlementarisme n\u02bcest qu\u02bcune fa\u00e7ade, l\u02bcattrape-gogos qui est l\u00e0 pour laisser croire aux cat\u00e9gories de gens les plus na\u00effs que la d\u00e9mocratie fonctionne, qu\u02bcelle est v\u00e9ritablement un moyen pour le peuple de se gouverner lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Maurras a la bonne id\u00e9e de nous livrer les opinions politiques de l\u02bcimmense Honor\u00e9 de Balzac sur le parlementarisme. Dans \u00ab&nbsp;Du gouvernement moderne&nbsp;\u00bb, paru le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1900 dans la <em>Grande Revue<\/em>, ce dernier remarque que le parlementarisme \u00ab&nbsp;ne sortira jamais de ce dilemme, cruel pour les r\u00e9sultats que certains esprits attendent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Ou la nation sera soumise pendant longtemps au despotisme d\u02bcun homme de talent, et retrouvera la royaut\u00e9 sous une autre forme, sans les avantages de l\u02bch\u00e9r\u00e9dit\u00e9&nbsp;; ce seront des fortunes inou\u00efes qu\u02bcelle payera p\u00e9riodiquement. Ou la nation changera souvent de ministres. Et alors, sa prosp\u00e9rit\u00e9 sera physiquement impossible, parce que rien n\u02bcest plus funeste en administration que la <em>mutation des syst\u00e8mes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, chaque ministre a le sien, et il est dans la nature que le plus m\u00e9diocre ait la pr\u00e9tention d\u02bcen cr\u00e9er un, bon ou mauvais. [\u2026] Il arrive au pouvoir en voyageur, se tire de peine par un emprunt, grossit la dette et s\u02bcen va souvent au moment o\u00f9 il sait quelque chose de la science gouvernementale&#8230;&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote30sym\"><sup>30<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u02bcun des autres ma\u00eetres incontest\u00e9s de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, Charles Baudelaire ne go\u00fbtait gu\u00e8re aux chim\u00e8res de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et parlementaire, qui \u00ab&nbsp;d\u00e9rive&nbsp;\u00bb, soutient Maurras, \u00ab&nbsp;de la \u02bd\u02bdr\u00e9volution bourgeoise\u02bc\u02bc de 1789&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote31sym\"><sup>31<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u02bcil y a de commun en outre entre ces artistes contre-r\u00e9volutionnaires et le Maurras de <em>L\u02bcEnqu\u00eate sur la monarchie<\/em>, c\u02bcest le souci accord\u00e9 \u00e0 la Justice sociale. \u00c0 l\u02bc\u00e9poque de sa r\u00e9daction, c\u02bc\u00e9tait sans aucun doute l\u02bcenjeu politique surd\u00e9terminant. Cet ouvrage est aussi l\u02bcoccasion de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question du rapport entre royalisme et socialisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Royalisme et socialisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la pr\u00e9face de 1909 \u00e0 <em>L\u02bcEnqu\u00eate sur la monarchie<\/em>, Maurras ne manque pas de rappeler \u00ab&nbsp;les jeunes pens\u00e9es anarchistes ou socialistes qui composaient le premier groupement de l\u02bcAction fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote32sym\"><sup>32<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ailleurs il loue <em>La Cocarde<\/em> de Barr\u00e8s, \u00ab&nbsp;d\u00e9licieux et merveilleux petit journal r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb o\u00f9 \u00ab&nbsp;royalistes, bonapartistes, socialistes, anarchistes y fraternisaient&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote33sym\"><sup>33<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le socialisme fut d\u02bcabord une r\u00e9action au triomphe du monde marchand, et de son corollaire, l\u02bcindividualisme. Cette r\u00e9action produisit une volont\u00e9 nouvelle, celle de recr\u00e9er le lien social, qui \u00e9tait affect\u00e9 par un d\u00e9litement. Or pour cela il fallait identifier la raison profonde de cette cassure&nbsp;: la prise du pouvoir du paradigme des Lumi\u00e8res, autrement dit de la pens\u00e9e lib\u00e9rale et d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il connut une transformation importante lors de l\u02bcaffaire Dreyfus, sous l\u02bc\u00e9gide de Jean Jaur\u00e8s. Ce dernier voyait dans la R\u00e9publique le r\u00e9gime naturel du socialisme, la structure institutionnelle idoine pour la d\u00e9mocratie, les deux d\u02bcapr\u00e8s lui devant aller de paire.<\/p>\n\n\n\n<p>Maurras signale que Jaur\u00e8s \u00e9tait bien seul \u00e0 d\u00e9velopper cette vision \u00e0 l\u02bcint\u00e9rieur de sa famille politique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quand le socialiste autrichien Kautsky remarqua, en 1903, que dans aucun pays il n\u02bca \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu plus de sang ouvrier que dans la R\u00e9publique fran\u00e7aise pendant les douze derni\u00e8res ann\u00e9es, nos journaux les plus avanc\u00e9s l\u02bcapplaudirent \u00e9trangement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u02bcann\u00e9e suivante, au Congr\u00e8s d\u02bcAmsterdam, M. Jaur\u00e8s qui pr\u00e9sentait la d\u00e9fense de la R\u00e9publique eut \u00e0 souffrir un martyre cruel. \u02bd\u02bdDans une certaine mesure\u02bc\u02bc, lui disait Bebel, \u02bd\u02bdje dois \u00eatre l\u02bcavocat de la Monarchie contre vous&#8230; La Monarchie ne peut s\u02bcengager \u00e0 fond dans la lutte de classe. Elle doit compter avec le peuple. Dans toutes les r\u00e9publiques, on constate l\u02bcintervention des troupes pendant les gr\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement fran\u00e7ais est lui aussi un gouvernement de classe.\u02bc\u02bc L\u02bcavocat de la R\u00e9publique dut quitter cet \u00e2pre terrain des faits et se r\u00e9fugier dans l\u02bcapologie des mobiles d\u00e9mocratiques. Cette confusion de la politique et de la morale ne tourna point \u00e0 l\u02bcavantage de la th\u00e8se&nbsp;: si M. Jaur\u00e8s invoquait la majest\u00e9 du sufrage universel, \u02bd\u02bdvous le tenez de Bonaparte \u02bc\u02bc, ripostait Bebel&nbsp;; si l\u02bcorateur c\u00e9l\u00e9brait la vertu de sa forme r\u00e9publicaine, \u02bd\u02bdvous la tenez de Bismarck, qui a fait votre empereur prisonnier\u02bc\u02bc, r\u00e9pondait l\u02bcimplacable Germain.<\/p>\n\n\n\n<p>Au surplus, M. Jaur\u00e8s croyait-il beaucoup nuire \u00e0 la Monarchie en all\u00e9guant qu\u02bcelle tendait au bien du peuple non par amour, non par devoir, mais \u02bd\u02bdpar \u00e9go\u00efsme\u02bc\u02bc, par \u02bd\u02bd\u00e9go\u00efsme intelligent\u02bc\u02bc&nbsp;?&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote34sym\"><sup>34<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les socialistes fran\u00e7ais, le grand rival de Jaur\u00e8s, Jules Guesde, ne partageait pas non plus son inclination r\u00e9publicaine. Maurras note&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u02bcintervention de M. Guesde montra que son groupe \u00e9tait aussi \u00e9tranger que la Social-D\u00e9mocratie allemande aux sentiments r\u00e9publicains de M. Jaur\u00e8s&nbsp;: \u02bd\u02bdEn quoi, je vous le demande, la forme r\u00e9publicaine sauv\u00e9e avancerait-elle l\u02bcaffranchissement du prol\u00e9tariat&nbsp;? Quand vous aurez sauv\u00e9 la R\u00e9publique, vous n\u02bcaurez rien fait pour le prol\u00e9tariat. Si, pour elle, celle-ci doit abandonner ses int\u00e9r\u00eats propres chaque fois qu\u02bcelle est en danger, la R\u00e9publique est le pire des Gouvernements.\u02bc\u02bc&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote35sym\"><sup>35<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le n\u00e9oroyalisme de Maurras n\u02bcest pas r\u00e9actionnaire \u2013 dans le sens de r\u00e9action bourgeoise et nobiliaire face aux masses ouvri\u00e8res \u2013 mais entend r\u00e9instaurer le r\u00e8gne de la Justice sociale \u2013 ce syntagme \u00e9tant de Louis XVI \u2013 de fa\u00e7on cons\u00e9quente. Et, \u00e9tonnamment, Maurras voit d\u02bcun bon \u0153il le socialisme radical, appel\u00e9 syndicalisme-r\u00e9volutionnaire. Ou en tant cas il le pr\u00e9f\u00e8re au socialisme mod\u00e9r\u00e9 \u2013 ou social-d\u00e9mocratie \u2013 qu\u02bcil voue aux g\u00e9monies.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi il regarde avec bienveillance le mouvement anarcho-syndicaliste, mettant en lumi\u00e8re que cette \u00ab&nbsp;\u00e9cole nouvelle, repr\u00e9sent\u00e9e par MM. Georges Sorel et Hubert Lagardelle, a d\u00e9ploy\u00e9 beaucoup d\u02bc\u00e9nergie et d\u02bcesprit de suite \u00e0 renouveler, \u00e0 vulgariser les anciennes critiques de Proudhon et de Marx, de MM. Lafargue et Guesde \u00e0 l\u02bc\u00e9gard de la \u02bd\u02bdr\u00e9volution bourgeoise\u02bc\u02bc de 1789, de laquelle d\u00e9rive le parlementarisme fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame \u00e9cole aura rendu tout \u00e0 fait sensible l\u02bcopposition qui existe entre le r\u00e9gime syndicaliste, \u00e9tabli sur un int\u00e9r\u00eat social commun, et le r\u00e9gime d\u00e9mocratique, fond\u00e9 en droit sur la volont\u00e9 ou l\u02bcopinion de l\u02bcindividu. Les rapides progr\u00e8s du mouvement syndical ont charri\u00e9 et propag\u00e9 avec ce sentiment les id\u00e9es les plus hostiles \u00e0 la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle-ci est trait\u00e9e en ennemie prodonde. Le parti au pouvoir, bien qu\u02bc\u00e9tiquet\u00e9 radical-socialiste et recrut\u00e9 parmi d\u02bcanciens prof\u00e8s du socialisme, \u00e9tait en outre oblig\u00e9 de d\u00e9fendre \u00e0 coup de fusil les lois des Chambres \u00e9lues et les d\u00e9cisions des bureaux centralis\u00e9s contre l\u02bcoffensive des syndicats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi les conducteurs de la masse ouvri\u00e8re font-ils un pas de plus. Ils ne s\u02bcen tiennent plus \u00e0 viser le r\u00e9gime et le personnel du Parlement ou la l\u00e9gislation d\u00e9mocratique. Ils d\u00e9daignent presque les hommes contre lesquels s\u02bc\u00e9leva le plus de col\u00e8res dans le monde des syndiqu\u00e9s, M. Clemenceau ou M. Briand&nbsp;: les plus r\u00e9volutionnaires d\u02bcentre les ouvriers parisiens ont pendu \u00e0 la fen\u00eatre de la Bourse du Travail le buste de la R\u00e9publique elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ex\u00e9cution m\u00e9morable, qui eut lieu place du Ch\u00e2teau-d\u02bcEau, le lundi 3 ao\u00fbt 1908, commen\u00e7ait la s\u00e9paration des masses r\u00e9volutionnaires et de l\u02bc\u00c9tat r\u00e9publicain. Elle renfermait ainsi des promesses que les \u00e9v\u00e9nements n\u02bcont pas cess\u00e9 de tenir depuis. Pas une crise sociale qui n\u02bcait accus\u00e9 et confirm\u00e9, d\u02bcun mois \u00e0 l\u02bcautre, cette haine raisonn\u00e9e de la classe ouvri\u00e8re contre le r\u00e9gime&nbsp;; pas un conflit \u00e9conomique qui n\u02bcait fini par mettre en cause les d\u00e9sordres dont ce r\u00e9gime est l\u02bcexcitateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, par une co\u00efncidence digne d\u02bcadmiration, c\u02bcest depuis le m\u00eame temps qu\u02bcune fi\u00e8re jeunesse recrut\u00e9e dans toutes les classes du pays se passionne pour les id\u00e9es de la Monarchie et se d\u00e9voue \u00e0 les r\u00e9pandre. Le groupe-n\u00e9 des Camelots du Roi y met tant de r\u00e9solution que, en peu de mois, du Quartier latin pris pour centre aux extr\u00e9mit\u00e9s du territoire, presque toutes les r\u00e9actions du patriotisme ont eu lieu au cri de \u02bd\u02bdvive le Roi&nbsp;!\u02bc\u02bc&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote36sym\"><sup>36<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux mouvements dont il observe le d\u00e9ploiement synchronique sont pour Maurras convergents. Les <em>forces de la jeunesse<\/em> et les <em>forces du travail<\/em> ont vocation \u00e0 se rassembler et ce qui en d\u00e9coulera est la monarchie traditionnelle, h\u00e9r\u00e9ditaire, antiparlementaire et d\u00e9centralis\u00e9e. C\u02bcest en filigrane l\u02bcesprit du Cercle Proudhon qui se dessine.<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu de le voir comme une force dissolvante, Maurras con\u00e7oit le syndicalisme comme un embryon de corporatisme moderne. Et le \u00ab&nbsp;Grand Soir&nbsp;\u00bb dont Sorel et les siens appelaient de leurs v\u0153ux n\u02bcest plus tellement craint par Maurras, car il le comprend d\u00e9sormais comme relevant du <em>mythos<\/em>, et non comme le risque d\u02bcun chaos futur. Il jugeait que Sorel s\u02bc\u00e9tait aper\u00e7u que pour mobiliser de la meilleure mani\u00e8re possible les masses il faut atteindre les inconscients collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Et par cons\u00e9quent sa R\u00e9volution n\u02bcest pas une fin mais un moyen, une image, un symbole&nbsp;: elle est un instrument visant \u00e0 atteindre la \u00ab&nbsp;psych\u00ea collective&nbsp;\u00bb (Carl G. Jung) des travailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, le mythe du \u00ab&nbsp;Grand Soir&nbsp;\u00bb peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une s\u00e9cularisation des esp\u00e9rances eschatologiques dans le venue du Paraclet, du Christ-Pantocrator destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre le ma\u00eetre d\u02bcun monde d\u02bco\u00f9 tout Mal sera chass\u00e9, d\u02bco\u00f9 toute servitude sera extirp\u00e9e. En somme o\u00f9 la Justice r\u00e9gnera pour l\u02bc\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Commentant le chapitre XV de la Gen\u00e8se, Saint Augustin \u00e9crivit que \u00ab&nbsp;la pers\u00e9cution de la cit\u00e9 de Dieu, telle qu\u02bcil n\u02bcy en eut jamais auparavant et qui est esp\u00e9r\u00e9e pour le r\u00e8gne futur de l\u02bcAnt\u00e9christ, est repr\u00e9sent\u00e9e par l\u02bc\u00e9pouvante pleine de t\u00e9n\u00e8bres d\u02bcAbraham au moment du coucher du soleil, c\u02bcest-\u00e0-dire aux approches de la fin du si\u00e8cle&nbsp;; de m\u00eame, au coucher du soleil, c\u02bcest-\u00e0-dire \u00e0 la fin m\u00eame du si\u00e8cle, la flamme signifie le jour du Jugement, le jour de la s\u00e9paration entre les hommes charnels qui doivent \u00eatre sauv\u00e9s par le feu et ceux qui doivent \u00eatre damn\u00e9s dans le feu.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote37sym\"><sup>37<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve dans cette expression de \u00ab&nbsp;Grand Soir&nbsp;\u00bb un contenu apocalyptique, comme le souligne Gershom Scholem&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u02bcApocalypse, charg\u00e9e comme elle l\u02bcest d\u02bcune profonde haine des gouvernants de la terre et de la prostitu\u00e9e de Babylone \u2013 \u00e0 savoir l\u02bcEmpire romain \u2013 devint l\u02bcun des livres les plus r\u00e9volutionnaires de l\u02bchistoire de la litt\u00e9rature.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote38sym\"><sup>38<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 quelque chose de plus profane&nbsp;: s\u02bcil s\u02bcagit d\u02bcanalyser du point de vue sociologique ce qui distingue fondamentalement royalisme (tel que Maurras le construit en tant que syst\u00e8me de pens\u00e9e politique) et socialisme, on en arrive \u00e0 l\u02bcid\u00e9e selon laquelle que celui-l\u00e0 met au pinacle une instance de socialisation secondaire \u2013 le monde du travail \u2013, pendant que celui-ci \u00e9rige une instance de socialisation primaire \u2013 la famille \u2013 en point primordial de la vie sociale et du moteur qui oriente les \u00e9volutions de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u02bcEnqu\u00eate<\/em> contient effectivement une r\u00e9flexion tr\u00e8s pouss\u00e9e sur le r\u00f4le de la famille dans les affaires politiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une sociologie politique de la famille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure cette \u00e9tude, nous nous int\u00e9ressons \u00e0 l\u02bcimportance que rev\u00eat le principe dynastique dans le cadre du discours encomiastique du royalisme pr\u00e9sent\u00e9 par Maurras dans <em>L\u02bcEnqu\u00eate<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u02bca vu, avec la tradition, l\u02bcantiparlementarisme et la d\u00e9centralisation, l\u02bch\u00e9r\u00e9dit\u00e9 est l\u02bcun des quatre piliers du mod\u00e8le monarchique tel que Maurras le fa\u00e7onne dans ledit ouvrage. Et ce qui est le lieu de l\u02bch\u00e9r\u00e9dit\u00e9, c\u02bcest la famille.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de la rupture institu\u00e9e par la modernisation des soci\u00e9t\u00e9s et des \u00c9tats, il subsiste d\u02bcapr\u00e8s Maurras cette permanence&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si la nation est compos\u00e9e de familles, on se rend compte qu\u02bcune famille ou des familles la dirigent.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote39sym\"><sup>39<\/sup><\/a> Il remarque en outre qu\u02bc&nbsp;\u00ab&nbsp;un certain nombre de familles nobles et bourgeoises tranchent sur les autres en y perp\u00e9tuant avec leur patrimoine, outre un sens national affin\u00e9, un vif esprit du service public, des habitudes de client\u00e8le et de commandement local ou r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 l\u02bcindividu vivant de la politique \u00e9tait un intrus souvent dangereux, la famille qui fait de la politique sait ce qu\u02bcelle fait et par sa dur\u00e9e m\u00eame t\u00e9moigne qu\u02bcelle donne autant qu\u02bcelle re\u00e7oit. Elle ne dissimule pas sa fonction, elle la publie. Elle ne dit pas au peuple qu\u02bcil r\u00e8gne, ni gouverne, mais elle reconna\u00eet qu\u02bcelle l\u02bcadministre, le gouverne et ainsi le sert.<\/p>\n\n\n\n<p>Caract\u00e9ris\u00e9es par l\u02bc\u00e9ducation re\u00e7ue et transmise, par la tradition prolong\u00e9e, par le rang moral maintenu, ces familles portent la charge, elles remplissent les devoirs, elles acc\u00e8dent au pouvoir partiel ou total selon les pays. Ces \u00e9l\u00e9ments d\u02bcaristocratie tendent-ils \u00e0 la monarchie&nbsp;? On le dit.<\/p>\n\n\n\n<p>On se trompe. C\u02bcest tout le contraire. Si l\u02bcon trouvait en France une forte charpente de ces familles stables, les chances seraient moins pour le gouvernement d\u02bcun seul que pour la R\u00e9publique aristocratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on trouve autre chose en France&nbsp;: dans le nombre important mais tr\u00e8s limit\u00e9 des familles seigneuriales ou capables de seigneurie, on trouve une race qui depuis mille ans les domine, les discipline, les conduit, les r\u00e9duit au bien du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Drumont l\u02bcappelait la famille-chef. La situation de la famille-chef \u00e9tant en rapport \u00e9troit avec les convenances de l\u02bcint\u00e9r\u00eat national, le Droit national tend \u00e0 prier cette famille d\u02bcassurer la direction-en-chef du service public et \u00e0 lui d\u00e9f\u00e9rer ce commandement unique dont l\u02bcesprit public accuse un besoin si aigu&nbsp;!&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote40sym\"><sup>40<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En atteste, concernant la fonction d\u00e9terminante de la famille dans l\u02bchistoire, outre les grands hommes ainsi que les masses, le r\u00f4le d\u00e9cisif jou\u00e9 par la dynastie des Capets-Bourbons-Orl\u00e9ans, cette \u00ab&nbsp;Race qui, en mille ans, a fait m\u00e9tier d\u02bcop\u00e9rer le rassemblement et la direction du pays.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote41sym\"><sup>41<\/sup><\/a> Mais n\u02bcest-il pas curieux, de la part du th\u00e9oricien du nationalisme int\u00e9gral, cet \u00e9loge de la \u00ab&nbsp;race internationale des Rois&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote42sym\"><sup>42<\/sup><\/a>&nbsp;? Parce que la conduite politique de affaires d\u02bcune nation rel\u00e8ve autant du plan domestique que du plan mondial, nul n\u02bcest plus adapt\u00e9 qu\u02bcune famille ayant des liens de sang par-del\u00e0 les fronti\u00e8res. Comme le souligne Maurras, \u00ab&nbsp;la Monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire est le plus national et aussi le plus international de tous les pouvoirs&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote43sym\"><sup>43<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour illustrer le caract\u00e8re crucial de la famille dans le domaine sociopolitique, Maurras pr\u00e9cise que \u00ab&nbsp;Napol\u00e9on se proposait pr\u00e9cis\u00e9ment d\u02bcaffaiblir les anciennes familles fran\u00e7aises afin d\u02bcassurer sa domination et d\u02bcaffermir l\u02bc\u00c9tat en constituant autour de lui une aristocratie h\u00e9r\u00e9ditaire nouvelle.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote44sym\"><sup>44<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Et mentionne un document faisant office d\u02bcexemple pertinent, une lettre du 5 juin 1806 que Napol\u00e9on I<sup>er<\/sup> adressa au roi de Naples, Joseph Bonaparte&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je veux avoir \u00e0 Paris cent familles, toutes s\u02bc\u00e9tant \u00e9lev\u00e9es avec le tr\u00f4ne et restant seules consid\u00e9rables, puisque ce ne sont que des fid\u00e9icommis, et que ce qui ne sera pas \u00e0 elles va se diss\u00e9miner par l\u02bceffet du Code civil. [\u2026] Voil\u00e0 le grand avantage du Code civil. Il faut \u00e9tablir le Code civil chez vous. Il consolidera votre puissance, puisque par lui tout ce qui n\u02bcest pas fid\u00e9icommis tombe, et qu\u02bcil ne reste plus de grandes maisons autres que celles que vous \u00e9rigerez en fiefs.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette th\u00e8se-ma\u00eetresse de l\u02bc\u00e9cole maurrassienne d\u02bcapr\u00e8s laquelle <em>les Rois ont fait la France <\/em>implique par cons\u00e9quent une conception sociologique originale, mais, au-del\u00e0, elle constitue la substantifique moelle du discours de <em>L\u02bcEnqu\u00eate<\/em>. En voici un condens\u00e9 fort utile&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les souvenirs de Rome ont fait l\u02bcunit\u00e9 italienne. La r\u00e9alit\u00e9 de la race et de la langue germaniques, unie aux traditions de Charlemagne et du Saint-Empire, a fait l\u02bcunit\u00e9 allemande. L\u02bcunit\u00e9 britannique est r\u00e9sult\u00e9e de la condition insulaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u02bcunit\u00e9 fran\u00e7aise, \u0153uvre de politique, de la plus souple, de la plus longue et de la plus ferme politique autoritaire, r\u00e9sulte exclusivement des desseins continu\u00e9s pendant 1 000 ans par la Maison de France.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette unit\u00e9, si solide qu\u02bcelle <em>semble<\/em> aujourd\u02bchui spontan\u00e9e et naturelle, est l\u02bc\u0153uvre unique de nos princes. [\u2026] Bien que partie d\u02bcun certain point du pays, cette dynastie populaire et militaire s\u02bcest peu \u00e0 peu \u00e9tendue jusqu\u02bcaux confins de l\u02bcancienne Gaule&nbsp;; sa tradition s\u02bcest amalgam\u00e9e \u00e0 toutes les n\u00f4tres.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote45sym\"><sup>45<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u02bcargument qui nous semble le plus d\u00e9cisif pour poser la sup\u00e9riorit\u00e9 de la royaut\u00e9 sur tout autre r\u00e9gime s\u02bcappuie sur la r\u00e9alit\u00e9 du principe dynastique, et donc de la famille, de la <em>loi de l\u02bch\u00e9r\u00e9dit\u00e9<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Que le pouvoir supr\u00eame soit concentr\u00e9 en une famille ou r\u00e9parti entre plusieurs, le r\u00e9gime d\u02bch\u00e9r\u00e9dit\u00e9 a pour effet premier de <em>nationaliser<\/em> leur pouvoir. La dynastie r\u00e9gnante ou, si elles sont en nombre convenable, les familles pr\u00e9pond\u00e9rantes, \u00e9tant unies \u00e9troitement, par leur int\u00e9r\u00eat propre, aux plus profonds int\u00e9r\u00eats de l\u02bc\u00c9tat, cherchent, sans doute, comme tout ce qui est humain, leur int\u00e9r\u00eat particulier&nbsp;: mais, en le trouvant, elles trouvent en outre et en m\u00eame temps l\u02bcint\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote46sym\"><sup>46<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Rien, pas m\u00eame le rouleau compresseur de la modernit\u00e9, ne saurait an\u00e9antir cette institution sociale fondamentale qu\u02bcest la famille. Et si le journaliste de <em>Challenges<\/em> Bertrand Fraysse se plaint que le \u00ab&nbsp;mythe&nbsp;\u00bb des 200 familles perdure<a href=\"https:\/\/vigile.quebec\/articles\/le-grand-manifeste-royaliste-a-120-ans#sdfootnote47sym\"><sup>47<\/sup><\/a>, va-t-il ensuite s\u02bcindigner de la th\u00e8se suivant laquelle les XVII<sup>\u00e8me<\/sup> et XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles virent les Maisons Habsbourg et Bourbon dominer le monde&nbsp;?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u02bcEnqu\u00eate sur la monarchie n\u02bcexiste pas. 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