{"id":1,"date":"2023-10-31T21:00:00","date_gmt":"2023-10-31T21:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.belledemaieditions.com\/?p=1"},"modified":"2025-10-02T08:09:40","modified_gmt":"2025-10-02T08:09:40","slug":"2023-annee-du-centenaire-de-la-mort-de-maurice-barres-reedition-de-colette-baudoche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/2023\/10\/31\/2023-annee-du-centenaire-de-la-mort-de-maurice-barres-reedition-de-colette-baudoche\/","title":{"rendered":"2023 ann\u00e9e du centenaire de la mort de Maurice Barr\u00e8s : r\u00e9\u00e9dition de Colette Baudoche"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Nous poursuivons ici notre survol barr\u00e9sien des dimanches de cette ann\u00e9e 2023, avec, pour le mois d\u2019octobre, l\u2019annonce de la r\u00e9\u00e9dition de son roman <\/em>Colette Baudoche<em>, deuxi\u00e8me tome de la trilogie \u00ab&nbsp;Les bastions de l\u2019est&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jesuisfrancais.blog\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Barres-Fig.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15156603\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le dimanche 23 septembre 1928 fut organis\u00e9e une c\u00e9r\u00e9monie en l\u2019honneur de Maurice Barr\u00e8s dans son <em>bastion de l\u2019Est<\/em>, \u00e0 Sion-Vaud\u00e9mont, en Lorraine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9sident du Conseil d\u2019alors, Raymond Poincar\u00e9 y tint un discours-fleuve :<\/p>\n\n\n\n<p>MADAME, MESSIEURS,<\/p>\n\n\n\n<p>Si je n\u2019avais \u00e9cout\u00e9 que mes pr\u00e9f\u00e9rences personnelles et si je n\u2019avais craint d\u2019exposer l\u2019inauguration de ce pieux monument aux rigueurs d\u2019une saison tardive, j\u2019aurais pri\u00e9 notre illustre compatriote M. le mar\u00e9chal Lyautey et le Comit\u00e9 qui a pris l\u2019heureuse initiative de cette c\u00e9r\u00e9monie d\u2019en reporter la date \u00e0 ce Jour des morts que Maurice Barr\u00e8s appelait la cime de l\u2019ann\u00e9e. J\u2019aurais \u00e9galement insist\u00e9 pour qu\u2019on m\u2019autoris\u00e2t \u00e0 supprimer le discours qu\u2019on me demandait et \u00e0 le remplacer par une lecture, que j\u2019aurais volontiers faite moi-m\u00eame, de quelques pages emprunt\u00e9es \u00e0 l\u2019incomparable m\u00e9ditation sur le 2 novembre en Lorraine. C\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 l\u00e0, je crois, le plus bel hommage qui p\u00fbt \u00eatre rendu par un Lorrain et un ami au penseur, au po\u00e8te, au Fran\u00e7ais dont nous c\u00e9l\u00e9brons aujourd\u2019hui l\u2019imp\u00e9rissable m\u00e9moire. Nous avons, du moins, voulu mettre ici nos pas dans ses pas et nous grouper au pied de cette lanterne des morts pour revoir, en souvenir de lui, ce paysage qu\u2019il a tant aim\u00e9. Il y a quatre ans, c\u2019\u00e9tait \u00e0 Metz que nous \u00e9tions r\u00e9unis pour poser une plaque sur la maison o\u00f9 lui \u00e9tait apparue avant la guerre la figure douloureuse et r\u00e9sign\u00e9e de Colette Baudoche. Puis, c\u2019\u00e9tait \u00e0 Sainte-Odile que son nom \u00e9tait grav\u00e9 par la reconnaissance alsacienne, \u00e0 Sainte-Odile, o\u00f9 il n\u2019avait pas seulement go\u00fbt\u00e9, comme Hippolyte Taine, \u00ab les d\u00e9lices de la solitude, de l\u2019espace et de la solennit\u00e9 \u00bb, mais o\u00f9 il avait reconnu dans le voisinage des remparts et des tombes un de ses cadres naturels et proclam\u00e9 que le meilleur g\u00e9nie devient artificiel et st\u00e9rile s\u2019il se d\u00e9robe \u00e0 la discipline de sa terre et de ses morts. Il \u00e9tait juste et n\u00e9cessaire que, pour achever notre p\u00e8lerinage, nous vinssions nous recueillir sur cette colline inspir\u00e9e de Sion-Vaud\u00e9mont, qui \u00e9tait pour lui un des lieux o\u00f9 souffle l\u2019esprit et qui repr\u00e9sentait \u00e0 ses yeux un lambeau laiss\u00e9 sur notre sol par la plus vieille Lorraine. Sa pens\u00e9e fran\u00e7aise avait, disait-il, trois refuges, le Puy-de-D\u00f4me, dieu du pays o\u00f9 il avait pris son nom de famille, Sainte-Odile, o\u00f9 il entendait un soupir de soulagement de l\u2019Alsace, Sion-Vaud\u00e9mont, o\u00f9 il se plaisait \u00e0 recevoir le message des ombres silencieuses qui personnifiaient, devant son imagination exalt\u00e9e, l\u2019histoire mouvement\u00e9e de notre pass\u00e9 provincial et qui lui rappelaient les longues vicissitudes de la r\u00e9sistance latine \u00e0 la pens\u00e9e germanique. Maintenant, c\u2019est son ombre elle-m\u00eame qui, toute illumin\u00e9e de gloire, vient errer sur cette faible \u00e9minence, sur cette montagne en demi-lune, \u00e0 la fois charmante et grave, qu\u2019il a tant de fois parcourue et \u00e0 laquelle il a demand\u00e9, pour l\u2019enfance de Philippe, des enseignements prestigieux. Oui, soyons assur\u00e9s que dans \u00ab les nuits peu sentimentales \u00bb qui tombent de notre \u00ab ciel lorrain \u00bb, Maurice Barr\u00e8s recommence parfois, sur la falaise que spiritualisait d\u00e9j\u00e0 de son vivant le mince clocher de Sion et que ce monument couronnera d\u00e9sormais d\u2019un nouveau symbolisme, la promenade r\u00eaveuse o\u00f9 il cherchait, pour nous en m\u00eame temps que pour Philippe, des images, \u00ab des images, entendez- moi bien, qui d\u00e9cha\u00eenent en nous de la musique \u00bb. \u2014 \u00ab Partez, joyeuses, \u00f4 routes romanesques, mon fils et moi nous demeurons. Dans son midi, peut-\u00eatre voudra-t-il qu\u00eater ailleurs son plaisir. C\u2019est \u00e0 moi de disposer devant les regards s\u00e9rieux de son aurore les fruits \u00e9ternels du pays, pour qu\u2019il n\u2019y ait de beau jardin, selon son go\u00fbt, qu\u2019un jardin de Lorraine en septembre. \u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jesuisfrancais.blog\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Raymond-Poincare-15.09.2023.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15308599\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Nous voici donc assembl\u00e9s, \u00e0 notre tour, en septembre, dans ce jardin de Lorraine, qu\u2019il a chant\u00e9 et divinis\u00e9 ; et nous n\u2019y voyons plus seulement passer les fant\u00f4mes des chevaliers qui partaient pour la Terre Sainte, des dames de Lorraine, s\u0153urs, filles et femmes de crois\u00e9s, qui venaient prier ici pendant que les hommes d\u2019armes, l\u00e0-bas, combattaient l\u2019infid\u00e8le, de cette princesse Philippe de Gueldre, \u00e0 qui Notre-Dame de Sion d\u00e9non\u00e7ait l\u2019ambition de ses ennemis ; nous n\u2019y entendons plus seulement l\u2019\u00e9clat de rire de Bassompierre ou les propos extravagants de Charles IV ; nous y voyons et nous y entendons Maurice Barr\u00e8s lui-m\u00eame, dont l\u2019\u00e9l\u00e9gante silhouette, baign\u00e9e de myst\u00e8re, ressuscite devant nous par la gr\u00e2ce de chefs-d\u2019\u0153uvre immortels et dont les phrases m\u00e9lodieuses s\u2019\u00e9chappent des profondeurs de la tombe pour revenir caresser nos oreilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, ne me sachant que trop indigne d\u2019effleurer les cordes de la lyre qu\u2019il a laiss\u00e9e sur ce sommet, je ne me suis pas propos\u00e9 de reprendre, en ce jour, un hymne \u00e0 nos anc\u00eatres. J\u2019ai simplement cherch\u00e9 \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer de nouveau dans l\u2019\u00e2me tr\u00e8s noble et un peu distante de notre ami pour y retrouver quelques-uns de ses sentiments les plus intimes. Ce n\u2019est pas en Lorraine, c\u2019est \u00e0 Paris que j\u2019ai fait, apr\u00e8s sa vingti\u00e8me ann\u00e9e, la connaissance de Barr\u00e8s, au moment o\u00f9, sur notre g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tonn\u00e9e, il jetait en souriant ses taches d\u2019encre. Il pr\u00e9ludait ainsi \u00e0 ces exercices d\u2019humour dont un des hommes qui ont le mieux analys\u00e9 son \u0153uvre, M. l\u2019abb\u00e9 Bremont, a relev\u00e9 la trace dans presque tous ses livres. Peu de temps apr\u00e8s, nous nous sommes rencontr\u00e9s \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s o\u00f9 nous repr\u00e9sentions dans des camps assez diff\u00e9rents notre commune petite patrie, mais o\u00f9 jamais la politique n\u2019eut l\u2019impertinence ni l\u2019audace de s\u2019essayer \u00e0 nous s\u00e9parer. En relisant, ces jours derniers, la longue et famili\u00e8re correspondance que nous avons \u00e9chang\u00e9e, j\u2019ai not\u00e9 quelques traits qui peuvent m\u2019aider \u00e0 reconstituer de chers souvenirs. Bien que mon enfance se f\u00fbt accoutum\u00e9e aux rives de l\u2019Ornain plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la vall\u00e9e de la Moselle, et bien que sur les eaux claires de ma rivi\u00e8re barrisienne l\u2019esprit de la plupart de mes concitoyens f\u00fbt alors emport\u00e9 vers Paris plut\u00f4t que vers Nancy, les premiers ouvrages de Maurice Barr\u00e8s s\u2019\u00e9taient, tout de suite, empar\u00e9s de mon c\u0153ur. Moi aussi, j\u2019avais grandi, sous l\u2019\u0153il des barbares, partag\u00e9 entre les s\u00e9ductions du romantisme et les disciplines classiques, entre les mirages de la m\u00e9taphysique et les s\u00e9v\u00e9rit\u00e9s imp\u00e9rieuses de mes traditions locales. Moi aussi, je m\u2019\u00e9tais jur\u00e9 de devenir un homme libre, et je m\u2019\u00e9tais dit que, pour entrer dans quelques parties obscures de ma conscience, une bonne m\u00e9thode \u00e9tait de rechercher comment les vieux laboureurs dont je descends avaient pos\u00e9 leurs propres assises. Moi aussi, j\u2019avais trouv\u00e9, dans ma terre natale, une souveraine implacable, qui tant\u00f4t me barrait l\u2019horizon, tant\u00f4t, au contraire, me fortifiait, m\u2019encourageait et me stimulait. Chaque page nouvelle de Barr\u00e8s augmentait donc mon admiration pour un compatriote qui exprimait si heureusement ce que je sentais et savais \u00e0 peine traduire.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il m\u2019entra\u00eena dans le <em>Jardin de B\u00e9r\u00e9nice<\/em>, lorsque parut, en premi\u00e8re \u00e9dition, <em>Du sang, de la volupt\u00e9 et de la mort<\/em>, je fus plus reconnaissant encore \u00e0 Barr\u00e8s de revenir d\u2019Aigues-Mortes, d\u2019Espagne et d\u2019Italie avec une imagination enrichie, une sensibilit\u00e9 aiguis\u00e9e, une prose plus musicale et plus color\u00e9e. Mais, \u00e0 l\u2019apparition des volumes qui composent le beau roman de l\u2019\u00e9nergie nationale, je crois bien que la politique, brusquement alert\u00e9e, me voil\u00e0 quelques-unes des beaut\u00e9s des <em>D\u00e9racin\u00e9s<\/em> ou de l\u2019<em>Appel au soldat<\/em>. Non pas que je fusse assez sot pour refuser \u00e0 Napol\u00e9on les fonctions posthumes de professeur d\u2019\u00e9nergie, mais je ne partageais pas les illusions de Barr\u00e8s sur le h\u00e9ros moderne qu\u2019il avait choisi. Et puis pourquoi ne pas le dire ? le miroir lorrain de Barr\u00e8s, m\u00eame dans Un homme libre, et aussi dans l\u2019<em>Appel au soldat<\/em>, refl\u00e9tait quelquefois des figures que je n\u2019avais rencontr\u00e9es ni \u00e0 Bar-le-Duc, ni dans mes villages meusiens. Celle de Saint-Phlin, par exemple, m\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait inconnue. Je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de le confesser \u00e0 Barr\u00e8s, et, le 14 avril 1900, il me r\u00e9pondait finement : \u00ab Je ne d\u00e9fendrais pas Saint-Phlin, vous le savez bien. Il est un de mes moyens pour exprimer toutes les pens\u00e9es qui s\u2019associent naturellement dans un Lorrain aux paysages de son pays. Il est au point de vue d\u2019un f\u00e9odal ; en Alsace, c\u2019est un peu de cette fa\u00e7on que se place Zorn de Bulach pour se rallier \u00e0 l\u2019\u00e9tat de choses et accepter la situation faite par le trait\u00e9 de Francfort. Cependant, le jeune Saint-Phlin est d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 et par l\u00e0 fort aimable. Ma th\u00e8se, au demeurant, n\u2019est dans aucun de mes personnages ; elle est dans leur ensemble. Je vous demande pardon de c\u00e9der \u00e0 votre complaisance et de vous parler de moi-m\u00eame et des miens. \u00bb Sa th\u00e8se, puisque th\u00e8se il y avait, je la cherchais donc clans l\u2019ensemble, et plut\u00f4t chez Sturel que chez Saint-Phlin. D\u00e9j\u00e0 il me semblait la voir se d\u00e9gager assez clairement. C\u2019\u00e9tait, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s, celle que, devant le platane du square des Invalides, Taine avait expos\u00e9e \u00e0 Roemerspacher : \u00ab Cette masse puissante de verdure ob\u00e9it \u00e0 une raison secr\u00e8te, \u00e0 la plus sublime philosophie, qui est l\u2019acceptation des n\u00e9cessit\u00e9s de la vie. \u00bb C\u2019est elle qu\u2019apr\u00e8s avoir demand\u00e9 aux intercesseurs de son choix de lui enseigner des \u00e9motions suppl\u00e9mentaires, apr\u00e8s les avoir suivis avec enthousiasme, apr\u00e8s avoir finalement reconnu en eux des \u00e9trangers, il parvient \u00e0 composer dans la soir\u00e9e d\u2019Harou\u00e9, au terme des six journ\u00e9es qu\u2019il a pass\u00e9es \u00e0 regarder na\u00eetre, grandir et mourir la Lorraine : \u00ab C\u2019est du haut de Sion, p\u00e8lerinage jadis fameux, aujourd\u2019hui attrist\u00e9 de m\u00e9diocrit\u00e9 que, moins distraits par le d\u00e9tail, nous prenons une possession compl\u00e8te de la grandeur et de la d\u00e9cadence lorraine\u2026 Mais non ! Il ne faut pas que je m\u2019abandonne. Je calomnie ma race ! Si elle n\u2019a pas utilis\u00e9 tous les dons qui lui \u00e9taient dispens\u00e9s, il en est, un qu\u2019elle a d\u00e9velopp\u00e9 jusqu\u2019au type. Elle a augment\u00e9 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019un id\u00e9al assez neuf. De Ren\u00e9 II \u00e0 Drouot, en passant par Jeanne, une des formes du d\u00e9sint\u00e9ressement, le devoir militaire, a paru sous son plus bel aspect\u2026 \u00bb Et s\u2019il se d\u00e9courage, s\u2019il se croit emprisonn\u00e9 dans des limites trop \u00e9troites, s\u2019il se d\u00e9bat pour secouer les cha\u00eenes qui l\u2019attachent \u00e0 sa terre et \u00e0 ses morts, la Lorraine lui r\u00e9pond : \u00ab Il est un instinct en moi qui a abouti. Tandis que tu me parcourais, tu l\u2019as reconnu : c\u2019est le sentiment du devoir, que les circonstances m\u2019ont fait t\u00e9moigner sous la forme de bravoure militaire. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sentiment du devoir, Maurice Barr\u00e8s va l\u2019\u00e9prouver lui-m\u00eame, de plus en plus vivement, \u00e0 mesure qu\u2019il demandera plus de s\u00e8ve \u00e0 ses racines et qu\u2019il sentira mieux que la conscience lorraine, englob\u00e9e dans la fran\u00e7aise, l\u2019a enrichie en s\u2019y fondant. Un an apr\u00e8s la publication de l\u2019<em>Appel au soldat<\/em>, un grand malheur l\u2019atteignit qui resserra encore, s\u2019il est possible, les liens qui l\u2019attachaient \u00e0 sa petite ville natale. Au mois de juillet 1901, il \u00e9tait appel\u00e9 aupr\u00e8s de sa m\u00e8re, tomb\u00e9e malade \u00e0 Charmes-sur-Moselle. Le hasard voulut que je fisse avec lui, sur la ligne de l\u2019Est, une partie de ce triste voyage et je le vis si douloureusement inquiet que je m\u2019\u00e9puisai sans grand succ\u00e8s \u00e0 lui chercher des raisons de ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer. Lorsqu\u2019il arriva, sa m\u00e8re \u00e9tait morte. \u00ab Mon cher ami, m\u2019\u00e9crivait-il le 2 ao\u00fbt, votre sympathie m\u2019a \u00e9t\u00e9 assez pr\u00e9cieuse, dans un moment o\u00f9 je pouvais encore \u00eatre abus\u00e9 sur mes pr\u00e9visions, pour que je veuille vous tenir au courant de mon malheur. \u00bb Et il m\u2019expliquait qu\u2019il n\u2019avait pas trouv\u00e9 \u00e0 Nancy l\u2019automobile qu\u2019il avait command\u00e9e, qu\u2019il avait pass\u00e9 quatre heures mortelles \u00e0 attendre en gare le premier train et que, dans l\u2019intervalle, sa pauvre m\u00e8re \u00e9tait morte sans lui. \u00ab Je souhaite, ajoutait-il, que ce malheur soit pour vous retard\u00e9 et adouci.&nbsp;\u00bb Dix et douze ans apr\u00e8s, lorsqu\u2019\u00e0 mon tour je perdis mon p\u00e8re et ma m\u00e8re, Maurice Barr\u00e8s n\u2019avait pas oubli\u00e9 la part que j\u2019avais prise, en cette nuit fi\u00e9vreuse, \u00e0 sa douleur filiale et il me la rappela dans deux lettres que je conserve parmi les plus beaux t\u00e9moignages d\u2019affection que j\u2019aie re\u00e7us. \u00ab Au moins, avez-vous eu la douceur de donner \u00e0 vos parents le plaisir et la fiert\u00e9 de chacune des heures de votre d\u00e9veloppement. Chacun de nous serait bien mesquin de se r\u00e9jouir un peu longuement de ce qu\u2019il peut avoir de succ\u00e8s, car chacun de nous conna\u00eet ses insuffisances, mais vous avez eu le bonheur et vous garderez le souvenir apaisant d\u2019avoir rempli de satisfaction vos parents, et cela c\u2019est un plaisir profond pour un homme de cinquante ans comme pour un enfant de six ans. \u00bb Comme des phrases de cette douceur et de cette simplicit\u00e9 nous font mieux comprendre que, dans son respect pour ses morts, Barr\u00e8s n\u2019enveloppe pas seulement la volont\u00e9 de les continuer, mais une tendresse infinie pour ceux qu\u2019il a perdus !<\/p>\n\n\n\n<p>Sa m\u00e8re morte \u00e0 Charmes sans qu\u2019il ait pu l\u2019embrasser, c\u2019est une tristesse dont il ne cherche pas \u00e0 se consoler, mais c\u2019est aussi une exhortation \u00e0 la pers\u00e9v\u00e9rance et au travail ; et voici que deux ans apr\u00e8s, dans Le 2 novembre en Lorraine, sa doctrine de l\u2019acceptation va s\u2019\u00e9lever et s\u2019\u00e9largir. Ce sera, dira-t-il lui-m\u00eame, \u00ab un vertige d\u00e9licieux, o\u00f9 l\u2019individu se d\u00e9fait pour se ressaisir dans la famille, dans la race, dans la nation, dans des milliers d\u2019ann\u00e9es que n\u2019annule pas le tombeau. \u00bb Peut-\u00eatre m\u00eame poussera-t-il un peu plus loin l\u2019abdication de soi lorsqu\u2019il ajoutera : \u00ab Nous ne sommes pas les ma\u00eetres des pens\u00e9es qui naissent en nous\u2026 Notre raison, cette reine encha\u00een\u00e9e, nous oblige \u00e0 placer nos pas sur les pas de nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs\u2026 \u00bb Mais ne nous arr\u00eatons pas trop \u00e0 ces exc\u00e8s d\u2019humiliation et retenons plut\u00f4t cette conclusion g\u00e9n\u00e9rale : \u00ab Ayant longuement creus\u00e9 l\u2019id\u00e9e du moi, avec la seule m\u00e9thode des po\u00e8tes et des mystiques, par l\u2019observation int\u00e9rieure, je descendis parmi des sables sans r\u00e9sistance jusqu\u2019\u00e0 trouver au fond et comme support, la collectivit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque au m\u00eame moment qu\u2019<em>Amori et Dolori Sacrum<\/em>, paraissent sous le titre des <em>Amiti\u00e9s fran\u00e7aises<\/em>, les notes sur l\u2019acquisition par un petit Lorrain des sentiments qui donnent un prix \u00e0 la vie&nbsp;; et ce que Barr\u00e8s enseigne surtout, non seulement \u00e0 son fils, mais \u00e0 tous les jeunes Fran\u00e7ais, c\u2019est la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir et de d\u00e9velopper la tradition que la France a construite, de veiller \u00e0 une sage \u00e9conomie de nos forces et d\u2019organiser notre \u00e9nergie. Mais combien plus encore que cette pr\u00e9cieuse le\u00e7on, nous admirons l\u2019art du ma\u00eetre qui la donne ! Jamais son style n\u2019a \u00e9t\u00e9 plus harmonieux, jamais ses images n\u2019ont \u00e9t\u00e9 plus neuves et plus vari\u00e9es, jamais la draperie des mots n\u2019a recouvert une sensibilit\u00e9 plus d\u00e9licate.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chant de confiance dans la vie, par quoi s\u2019achevaient les <em>Amiti\u00e9s fran\u00e7aises<\/em>, nous en retrouverons d\u00e9sormais l\u2019\u00e9cho dans tout ce qu\u2019\u00e9crira Barr\u00e8s. Quand l\u2019Alsacien Ehrmann entre au service de l\u2019Allemagne, son acceptation touche au sto\u00efcisme, et cependant il prend conscience de remplir la m\u00eame besogne que celle des l\u00e9gionnaires de Rome sur le Rhin et d\u2019Odile \u00e0 la Hohenburg ; il se consid\u00e8re comme une garde avanc\u00e9e de la latinit\u00e9, comme un d\u00e9fenseur de nos bastions de l\u2019Est. Quand, vaincu par les magies de Venise ou d\u00e9concert\u00e9 par Ath\u00e8nes et Sparte, Barr\u00e8s refuse de voir dans Pallas la raison universelle et, tout en proclamant les Grecs ses ma\u00eetres, les prie de lui laisser le tr\u00e9sor de ses propres sentiments, avec quel plaisir et quelle s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 vient-il \u00e0 son reposoir de Charmes, \u00e9tudier et tirer ce qui lui est convenable dans son butin de Gr\u00e8ce ! \u00ab Pour mon usage, s\u2019\u00e9crie-t-il, les mirabelliers lorrains valent les arbres de Minerve. Celle-ci elle-m\u00eame me l\u2019a dit. \u00bb Il regrette sur l\u2019Acropole la voix de nos cloches lorraines et il va jusqu\u2019\u00e0 trouver qu\u2019un rossignol dans nos bois chante mieux que Philom\u00e8le sur les oliviers de l\u2019Attique. Pr\u00e9f\u00e9rence contre laquelle, je l\u2019avoue, proteste ma m\u00e9moire, car le plus beau chant de rossignol, c\u2019est un soir, dans un jardin d\u2019Ath\u00e8nes, que, Mme Poincar\u00e9 et moi, nous avons pass\u00e9, il y a pr\u00e8s d\u2019un quart de si\u00e8cle, une heure \u00e0 l\u2019\u00e9couter.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jesuisfrancais.blog\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Raymond_Poincare__Frederic_Mistral_1913.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15382000\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Mais, plus le temps s\u2019\u00e9coulait, plus Barr\u00e8s avait le regard fix\u00e9 sur les traits \u00e9ternels de la France. On e\u00fbt dit qu\u2019il pressentait les \u00e9preuves dont elle \u00e9tait menac\u00e9e. Il voulait qu\u2019elle f\u00fbt pacifique, mais forte pour affronter le danger. Il me souvient que le 14 octobre 1913, avant d\u2019aller \u00e0 Maillane rendre visite \u00e0 Mistral<em> (Photo ci-contre avec Mistral qui mourut six mois plus tard),<\/em>&nbsp;je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 dans la ville d\u2019Arles, dont la population m\u2019avait conduit aux ar\u00e8nes, et qu\u2019une jeune Mireille proven\u00e7ale, apr\u00e8s m\u2019avoir adress\u00e9 un compliment, m\u2019avait pri\u00e9 de la rappeler au souvenir de Colette Baudoche. J\u2019avais demand\u00e9 \u00e0 Maurice Barr\u00e8s de vouloir bien m\u2019envoyer, sign\u00e9 de sa main, \u00e0 l\u2019intention de cette Arl\u00e9sienne, un exemplaire de l\u2019histoire de la jeune Messine. D\u00e8s le 24 octobre, il m\u2019\u00e9crivait de Charmes, en m\u2019adressant le livre, une lettre o\u00f9 son amiti\u00e9 prenait un accent d\u2019extr\u00eame bienveillance et o\u00f9 son patriotisme clairvoyant ne se d\u00e9fendait pas de quelque appr\u00e9hension. Neuf mois plus tard, jour pour jour, l\u2019Autriche, appuy\u00e9e par l\u2019Allemagne, signifiait son ultimatum \u00e0 la Serbie.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s que la guerre \u00e9clate, Maurice Barr\u00e8s s\u2019engage volontairement parmi les soldats de l\u2019id\u00e9e fran\u00e7aise. Dans des articles quotidiens, il c\u00e9l\u00e8bre l\u2019union sacr\u00e9e, l\u2019\u00e2me de la France, l\u2019amiti\u00e9 des tranch\u00e9es, nos diverses familles intellectuelles ; il s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre le pessimisme ; il insiste sur les raisons d\u2019esp\u00e9rer et de lutter sans d\u00e9faillance. Dans ce r\u00f4le d\u2019animateur, rien n\u2019\u00e9chappe \u00e0 son attention. S\u2019il d\u00e9couvre dans le service sanitaire des erreurs ou des lacunes qui peuvent atti\u00e9dir le courage des bless\u00e9s, il s\u2019empresse de me pr\u00e9venir. S\u2019il s\u2019aper\u00e7oit de maladresses et d\u2019injustices commises dans les camps de concentration aux d\u00e9pens d\u2019Alsaciens trop l\u00e9g\u00e8rement consid\u00e9r\u00e9s comme suspects, il donne aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019<em>\u00c9cho de Paris<\/em> une chronique intitul\u00e9e \u00ab Pour Ehrmann et pour Colette \u00bb et il en appelle \u00e0 l\u2019intervention de Mme Poincar\u00e9. Il fait plus. Il vient voir celle dont il sollicite le concours, et le lendemain il lui envoie la note d\u00e9taill\u00e9e qu\u2019elle lui a demand\u00e9e. Avec un sens tr\u00e8s fin des choses alsaciennes, il ajoute : \u00ab Je vous remercie, Madame, de la bienveillance que vous voulez montrer \u00e0 ces pauvres filles. Je crois que nous nous faisons du tort en laissant s\u2019accr\u00e9diter en Alsace et en Lorraine le bruit de notre duret\u00e9 administrative \u00e0 leur \u00e9gard. Cette duret\u00e9 a ses excuses, ses raisons ; je sais combien on peut redouter l\u2019espionnage. Mais il y a bien de l\u2019exc\u00e8s \u00e0 tomber sur ces malheureuses quand tout le reste s\u2019\u00e9chappe. Et si on les nourrit et les chauffe, ce sera sans inconv\u00e9nient militaire et fort politique. Je demeure. Madame, \u00e0 vos ordres et vous prie d\u2019agr\u00e9er lus hommages et le d\u00e9vouement de votre respectueux serviteur. \u00bb Gr\u00e2ce \u00e0 cette d\u00e9marche de Barr\u00e8s, une commission compos\u00e9e de bons Fran\u00e7ais d\u2019Alsace fut charg\u00e9e d\u2019aller visiter les camps de concentration ; elle corrigea quelques fautes et provoqua des mesures r\u00e9paratrices ; mais le mal signal\u00e9 par Barr\u00e8s n\u2019en avait pas moins \u00e9t\u00e9 assez grave pour laisser des traces durables dans certaines communes de l\u2019Alsace et, l\u2019an dernier, lorsque j\u2019ai fait voter par les Chambres un cr\u00e9dit destin\u00e9 \u00e0 indemniser les victimes de ces rel\u00e9gations pr\u00e9cipit\u00e9es, j\u2019ai simplement r\u00e9pondu \u00e0 la voix du grand mort que nous honorons aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme il avait tout fait, pendant la guerre, pour pr\u00e9parer la victoire, Maurice Barr\u00e8s a tout fait, apr\u00e8s la guerre, pour assurer la restauration et le rayonnement du pays. De 1919 \u00e0 1923, il se d\u00e9voue \u00e0 tout ce qui peut grandir la France, la science, les laboratoires, l\u2019action morale, l\u2019influence de la langue au dehors, nos missions en Orient. Dans cette p\u00e9riode, sa correspondance avec moi redouble de confiance, de chaleur et d\u2019intimit\u00e9. Une des derni\u00e8res lettres qu\u2019il m\u2019ait adress\u00e9es de Charmes, le 13 ao\u00fbt 1923, me laisse une fiert\u00e9 que je ne songe pas \u00e0 dissimuler, parce qu\u2019elle me commande la pers\u00e9v\u00e9rance et l\u2019obstination : \u00ab Mon cher ami, m\u2019\u00e9crivait-il, bien souvent, je voudrais vous envoyer mon applaudissement respectueux. Oui, c\u2019est du respect que tout digne Fran\u00e7ais clairvoyant doit \u00e9prouver pour les services que vous rendez. Aujourd\u2019hui, lisant ces fragments de votre le\u00e7on aux enfants de Sampigny, je viens vous demander que vous disiez \u00e0 un secr\u00e9taire de m\u2019envoyer, si l\u2019\u00e9cole la publie in extenso, un exemplaire de cette page si touchante pour les Lorrains. Que votre sant\u00e9 vous demeure fid\u00e8le. Je vous exprime mon d\u00e9vouement profond. \u00bb Ainsi, dans les derni\u00e8res semaines de sa vie, alors qu\u2019il pr\u00e9parait ce recueil, le Myst\u00e8re en pleine lumi\u00e8re, qu\u2019il se proposait de d\u00e9dier \u00e0 Gabriele d\u2019Annunzio, Maurice Barr\u00e8s avait une gracieuse pens\u00e9e pour les enfants de Sampigny, petits fr\u00e8res lorrains des enfants de Charmes, et il embrassait d\u2019un m\u00eame regard attendri la vall\u00e9e de la Moselle et la vall\u00e9e de la Meuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois semaines plus tard, le 9 septembre 1923, nous \u00e9tions ensemble \u00e0 Champenoux, devant le monument de G\u00e2telet, pour remettre la Croix de Guerre \u00e0 cette commune si \u00e9prouv\u00e9e et pour comm\u00e9morer la grande bataille qui, en septembre 1914, avait sauv\u00e9 Nancy. Nous songions tous deux au sang qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu, dans le mois il aimait, sur nos chers jardins de Lorraine et, pendant que je pronon\u00e7ais un discours, je voyais des larmes couler sur son visage p\u00e2lissant. Ah ! Messieurs, ces larmes ! Mon confr\u00e8re et ami Henry Bordeaux sait combien elles m\u2019ont alors boulevers\u00e9. il m\u2019a sembl\u00e9 que, de la victoire du Grand-Couronn\u00e9, l\u2019esprit de Barr\u00e8s, franchissant les si\u00e8cles, \u00e9tait silencieusement remont\u00e9 \u00e0 celle que Ren\u00e9 II avait remport\u00e9e, le 5 janvier 1477, sur Charles le T\u00e9m\u00e9raire et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait ainsi repr\u00e9sent\u00e9, comme en un tableau fun\u00e8bre, tout ce que, dans ce long espace de temps, la mission traditionnelle de la Lorraine nous avait impos\u00e9, \u00e0 nos a\u00efeux et \u00e0 nous, de tourments, de souffrances et de deuils.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi a-t-il fallu qu\u2019apr\u00e8s tant de morts nous eussions \u00e0 pleurer la sienne ? Pourquoi a-t-il fallu qu\u2019il nous quitt\u00e2t si vite et si pr\u00e9matur\u00e9ment, en pleine activit\u00e9 patriotique, en plein \u00e9panouissement de son g\u00e9nie litt\u00e9raire, et alors que sa journ\u00e9e \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9e ? Au mois de mai 1917, avant de me faire remettre <em>Les diverses familles spirituelles de France<\/em>, il avait \u00e9crit sur la page de garde : \u00ab \u00c0 Raymond Poincar\u00e9, j\u2019offre ce livre d\u2019union sacr\u00e9e, ce recueil de textes d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la victoire, o\u00f9 chaque Fran\u00e7ais, de quelque id\u00e9e qu\u2019il se r\u00e9clame, trouvera sa foi et ses esp\u00e9rances justifi\u00e9es devant la patrie. \u00bb Ce large esprit de concorde nationale n\u2019avait pas cess\u00e9 de l\u2019animer, et dans cet hiver de 1923 dont il ne vit pas la fin, il sentait et il pensait comme au sombre printemps de 1917. Il n\u2019\u00e9tait pas de ceux qui con\u00e7oivent l\u2019union fran\u00e7aise dans la domination d\u2019un parti et dans l\u2019exclusion brutale des id\u00e9es d\u2019autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il savait, au surplus, qu\u2019il avait encore le devoir d\u2019\u00e9crire, de parler et d\u2019agir. \u00ab Que ne puis-je travailler vingt-quatre heures par jour ! soupirait-il dans les derni\u00e8res pages qu\u2019il a laiss\u00e9es. Je voudrais bien \u00e9crire quatre beaux livres : deux sur Byron et sur Goethe, un sur Pascal en Auvergne, un autre enfin sur Claude Gell\u00e9e \u00e0 Chamagne. J\u2019y dirais tout. Ce seraient mes m\u00e9moires. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre jour, parlant des trois sommets de sa pens\u00e9e fran\u00e7aise, la colline o\u00f9 nous sommes, Sainte-Odile et le Puy-de-D\u00f4me, il exprimait un v\u0153u compl\u00e9mentaire : \u00ab Pourquoi ne dirais-je pas les beaux dialogues que font ces trois divinit\u00e9s, quand le Massif Central fran\u00e7ais contr\u00f4le et redresse la pens\u00e9e de nos hardis bastions de l\u2019Est ? \u00bb Un autre jour encore, il nous pr\u00e9venait qu\u2019il refusait la mort, aussi longtemps qu\u2019il n\u2019aurait pas rendu visite aux cit\u00e9s reines de l\u2019Orient. Ce voyage aux pays du Levant, il l\u2019a commenc\u00e9 par une charmante station dans un jardin sur l\u2019Oronte. Mais imaginez qu\u2019il l\u2019ait continu\u00e9 ; imaginez qu\u2019il ait pu composer un livre sur Goethe, dont il \u00e9tait un admirateur sagace et qu\u2019il regardait comme l\u2019un des grands conciliateurs de la pens\u00e9e latine et de la pens\u00e9e germanique ; imaginez qu\u2019il ait eu le temps d\u2019\u00e9lever un monument \u00e0 Pascal et de nous montrer, dans les relations organiques de notre Lorraine avec l\u2019ossature centrale de la France, une des forces permanentes de l\u2019unit\u00e9 et de l\u2019indivisibilit\u00e9 nationales : de quels chefs-d\u2019\u0153uvre nouveaux n\u2019aurions-nous pas h\u00e9rit\u00e9 ? Ne nous attardons pas cependant. Messieurs, \u00e0 des regrets superflus. Lui-m\u00eame, Barr\u00e8s nous aurait d\u00e9conseill\u00e9 d\u2019y c\u00e9der. S\u2019il est vrai, comme il l\u2019a dit et comme nous l\u2019avons grav\u00e9 sur ce pi\u00e9destal, que \u00ab l\u2019horizon qui cerne cette plaine donne une place d\u2019honneur \u00e0 notre soif d\u2019infini en m\u00eame temps qu\u2019il nous rappelle nos limites \u00bb ; s\u2019il est vrai que nos grands morts demeurent dans la tombe les gardiens et les r\u00e9gulateurs de la cit\u00e9 \u00bb, les survivants n\u2019ont le droit, ni de se d\u00e9courager, ni de s\u2019endormir avant l\u2019heure. Connaissons nos limites, ne nous faisons pas l\u2019illusion de les d\u00e9passer, mais, si petit que soit notre cadre, travaillons-y pour l\u2019infini. Nous aussi, nous sommes des instants de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Les instants passent ; l\u2019\u00e9ternit\u00e9 reste.<\/p>\n\n\n\n<p>Raymond Poincar\u00e9<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.jesuisfrancais.blog\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/3D-COUV-Colette-Baudoche.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-15381943\" style=\"width:316px;height:auto\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Nombre de pages : 96.<\/p>\n\n\n\n<p>Prix (frais de port inclus) : 19 \u20ac.<\/p>\n\n\n\n<p>Commander ou se renseigner \u00e0 l\u2019adresse ci-apr\u00e8s : B2M \u2013&nbsp; Belle-de-Mai \u00c9ditions : <strong><a href=\"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/contact\/\" data-type=\"page\" data-id=\"11\">Contact<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2023 ann\u00e9e du centenaire de la mort de Maurice Barr\u00e8s : r\u00e9\u00e9dition de Colette Baudoche dimanche 1 octobre 2023 Nous poursuivons ici notre survol barr\u00e9sien des dimanches de cette ann\u00e9e\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":789,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ocean_post_layout":"","ocean_both_sidebars_style":"","ocean_both_sidebars_content_width":0,"ocean_both_sidebars_sidebars_width":0,"ocean_sidebar":"","ocean_second_sidebar":"","ocean_disable_margins":"enable","ocean_add_body_class":"","ocean_shortcode_before_top_bar":"","ocean_shortcode_after_top_bar":"","ocean_shortcode_before_header":"","ocean_shortcode_after_header":"","ocean_has_shortcode":"","ocean_shortcode_after_title":"","ocean_shortcode_before_footer_widgets":"","ocean_shortcode_after_footer_widgets":"","ocean_shortcode_before_footer_bottom":"","ocean_shortcode_after_footer_bottom":"","ocean_display_top_bar":"default","ocean_display_header":"default","ocean_header_style":"","ocean_center_header_left_menu":"","ocean_custom_header_template":"","ocean_custom_logo":0,"ocean_custom_retina_logo":0,"ocean_custom_logo_max_width":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_width":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_width":0,"ocean_custom_logo_max_height":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_height":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_height":0,"ocean_header_custom_menu":"","ocean_menu_typo_font_family":"","ocean_menu_typo_font_subset":"","ocean_menu_typo_font_size":0,"ocean_menu_typo_font_size_tablet":0,"ocean_menu_typo_font_size_mobile":0,"ocean_menu_typo_font_size_unit":"px","ocean_menu_typo_font_weight":"","ocean_menu_typo_font_weight_tablet":"","ocean_menu_typo_font_weight_mobile":"","ocean_menu_typo_transform":"","ocean_menu_typo_transform_tablet":"","ocean_menu_typo_transform_mobile":"","ocean_menu_typo_line_height":0,"ocean_menu_typo_line_height_tablet":0,"ocean_menu_typo_line_height_mobile":0,"ocean_menu_typo_line_height_unit":"","ocean_menu_typo_spacing":0,"ocean_menu_typo_spacing_tablet":0,"ocean_menu_typo_spacing_mobile":0,"ocean_menu_typo_spacing_unit":"","ocean_menu_link_color":"","ocean_menu_link_color_hover":"","ocean_menu_link_color_active":"","ocean_menu_link_background":"","ocean_menu_link_hover_background":"","ocean_menu_link_active_background":"","ocean_menu_social_links_bg":"","ocean_menu_social_hover_links_bg":"","ocean_menu_social_links_color":"","ocean_menu_social_hover_links_color":"","ocean_disable_title":"default","ocean_disable_heading":"default","ocean_post_title":"","ocean_post_subheading":"","ocean_post_title_style":"","ocean_post_title_background_color":"","ocean_post_title_background":0,"ocean_post_title_bg_image_position":"","ocean_post_title_bg_image_attachment":"","ocean_post_title_bg_image_repeat":"","ocean_post_title_bg_image_size":"","ocean_post_title_height":0,"ocean_post_title_bg_overlay":0.5,"ocean_post_title_bg_overlay_color":"","ocean_disable_breadcrumbs":"default","ocean_breadcrumbs_color":"","ocean_breadcrumbs_separator_color":"","ocean_breadcrumbs_links_color":"","ocean_breadcrumbs_links_hover_color":"","ocean_display_footer_widgets":"default","ocean_display_footer_bottom":"default","ocean_custom_footer_template":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"ocean_post_oembed":"","ocean_post_self_hosted_media":"","ocean_post_video_embed":"","ocean_link_format":"","ocean_link_format_target":"self","ocean_quote_format":"","ocean_quote_format_link":"post","ocean_gallery_link_images":"on","ocean_gallery_id":[],"footnotes":""},"categories":[24],"tags":[],"class_list":["post-1","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-philitt","entry","has-media","owp-thumbs-layout-horizontal","owp-btn-normal","owp-tabs-layout-horizontal","has-no-thumbnails","has-product-nav"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/3D-COUV-Colette-Baudoche-Copie-edited.png","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":793,"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1\/revisions\/793"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/789"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.belledemaieditions.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}